samedi 19 mai 2018

L'ascension de la noble bourgeoisie de Champagne méridionale

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Extrait revu et corrigé de la conférence « Le Beau XVIe siècle à Troyes et en Champagne méridionale. La renaissance d’un pays » donnée le 9 novembre 2010 à la DRAC de Châlons-en-Champagne.
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 Les nécessités de défense : naissance de la commune

 L’effacement du pouvoir comtal et son éloignement par le rattachement à la couronne du comté de Champagne à la suite du décès de la dernière héritière Jeanne de Navarre en 1305, avait profité largement à une bourgeoisie qui, malgré une charte de commune octroyée par les comtes, n’avait pas vraiment pu jouer jusqu'alors un rôle moteur dans la ville.

 Dès les années 1350, et pour les nécessités de la défense de la ville, la construction de ses murailles, son entretien et sa garde, se mettait en place une organisation municipale. Il faut attendre 1482 pour que la constitution du corps de ville, ou échevinage, soit définitivement confirmée par Louis XI en 1482.

 L’éloignement du pouvoir politique, la faiblesse de celui de l’évêque, qui n'avait pu s'imposer dans la ville contrairement à ceux de Reims ou de Châlons, et les nécessités de défense avaient  donné à cette bourgeoisie l’occasion de prendre en main le destin de la cité. Les familles bourgeoises avaient même donné des évêques à la ville, ainsi Jean Lesguisé (évêque de 1426 à 1450) ou Odard Hennequin (évêque de 1528 à 1544).

Troyes, cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, baie 216
Verrière des docteurs de l'Eglise offerte par Odard Hennequin
Cl. J. Provence
 Cette bourgeoisie avait investi les institutions religieuses de la ville. Elle se révéla être un important mécène à la reconstruction et à l'ornementation des églises.

La noble bourgeoisie

  Si quelques familles bourgeoises avaient été anoblies au cours des XIVe et XVe siècles (Hennequin, Le Boucherat, Lesguisé), les chefs de famille d'autres se qualifiaient "écuyer" - comme les Molé - sans que l'on en sache davantage sur leur éventuel anoblissement. S'agissait-il de titres usurpés ? 

  Beaucoup de ces familles bourgeoises avaient cependant profité de la disparition ou de la ruine des anciens lignages pour acheter des terres en Champagne méridionale, pouvant être acquise par mariage. Cette acquisition de terre et surtout le mariage avec une noble permettait à cette bourgeoisie de revendiquer des titres de noblesse. La coutume de Troyes reconnaissait aux dames nobles de conférer cette qualité à leurs enfants, donnant ce privilège au ventre d’anoblir : la "noblesse utérine" de Champagne.

  Ainsi, François de Marisy portait le titre d’écuyer et était seigneur de Cervet et de Vallentigny. Comme le lui permettait la coutume de Troyes, il avait le privilège d’être à la fois noble et vivre « marchandement », faire commerce et manipulation d’argent. Claude de Marisy, sur la tourelle d’angle de l’hôtel qu’il avait fait bâtir, avait apposé les armoiries de sa noble aïeule, Marguerite de Vallentigny, et de sa mère, Isabeau de Louvemont, comme autant de preuves de sa noblesse utérine.

Armes de Claude de Marisy
Cl. J. Provence
Armes de Marguerite de Vallentigny ;
à droite, dans l'angle, armes mi-patie Marisy-Molé
Cl. J. Provence

Armes d'Isabeau de Louvemont
Cl. J. Provence
 Parallèlement, cette bourgeoisie renforçait son intégration à la noblesse par l'achat de charges royales, ainsi la famille Mauroy [1].

  La famille des Molé est un bel exemple d'ascension de ces familles "nobles bourgeoises" [2]. Le chef de la dynastie, Guillaume Ier, se qualifiait d'écuyer mais était également marchand ; conseiller de ville entre 1431 et 1445 et avait épousé la sœur de l'évêque Jean Léguisé, une des familles anoblie et des plus influentes de la ville. Leurs enfants renforcèrent les liens avec les familles troyennes : Guillaume II épousant Simone Le Boucherat, autre famille anoblie, Jean Ier épousant Jeanne de Mesgrigny et intégrant la noblesse de sang locale, Jacquette se mariant avec François Hennequin, encore issu d'une famille anoblie. 
 La génération suivante allait poursuivre l'ascension sociale : Nicolas, fils de Jean Molé (1490-1545) deviendra conseiller au Parlement de Paris, intégrant la noblesse de robe. 
 Le mécénat de la famille s'exprima tout particulièrement dans la réalisation du "Beau Portail" de l'abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains, offert par Guillaume II et Simone Le Boucherat, ou de dons à l'église de Saint-Pantaléon au-lendemain de l'incendie de 1524 (cloche, vitraux, clefs de voûtes...) et qui faisait face à une demeure où résidait des membres de la famille, l'hôtel Vauluisant.

 Troyes, un immense chantier de reconstruction

 Au cours des XIVe et XVe siècles, de nombreuses maisons étaient tombées en ruines, faute d’entretien sinon d’abandon lié à la forte baisse démographique.
 Avec le retour de la paix, à partir la fin des années 1470, débuta une reconstruction de la ville. Le grand incendie de 1524, qui détruisit le quart sud-ouest de la ville, donna une plus grande ampleur à cette reconstruction, s’accélérant grâce au retour d’une certaine prospérité. 

 Ce fut l’occasion pour les grandes familles de l’oligarchie municipale d’édifier de nouveaux hôtels particuliers se distinguant des bâtisses en pan de bois par les matériaux utilisés. Quelques-uns de ces hôtels, ceux des familles les plus notables, furent totalement bâtis en pierre, ainsi l’hôtel des Ursins qui fut le premier réédifié, en 1526.

Hôtel Juvenal des Ursins
  En 1536, s’achevait l’Hôtel des Chapelaines, édifié par Nicolas le Tartier ; entre 1528 et 1531, Claude de Marisy, maire de Troyes en 1522 puis en 1528, édifiait son l’hôtel ; vers 1550, Antoine Hennequin, receveur des tailles à Troyes et ancien maire de Troyes terminait la construction de l’Hôtel de Vauluisant, commencé après l'incendie de 1524.
 C’était l’occasion pour leurs propriétaires d’adopter le nouveau langage décoratif de la Renaissance.

Hôtel des Chapelaines
Cl. J. Provence

  D’autres bâtisseurs choisirent le « damier champenois »,  alternance de moellons de craie et de brique, pour bâtir les murs de leur maison, ainsi l’hôtel de Heurles (ou Deheurles) bâti en 1545 par Jean Deheurles, l’Hôtel du Moïse, élevé sans doute par un membre de la famille Nevelet en 1553 ou encore l’hôtel d’Autruy, élevé par Jean Boucherat en 1560. 

Troyes, hôtel d'Autruy

 D’autres avaient adopté des structures mixtes où se côtoyaient pierre, damier champenois et pans de bois. Cette association des techniques et des matériaux peut encore se distinguer dans de nombreuses maisons de cette époque, l’exemple le plus remarquable étant l’hôtel de Jean de Mauroy, édifié dans les années 1560.



Troyes, hôtel Mauroy, rue Larivey
cl. J. Provence
Troyes, cour intérieure de l'hôtel Mauroy
Cl. J. Provence

  La chronologie de la construction de ces hôtels témoigne que cette reconstruction de la ville prit du temps. À la fin du XVIe siècle, quelques maisons incendiées en 1524 n’avaient toujours pas été reconstruites. Par ailleurs, si l’ensemble de ces constructions donne aujourd’hui une impression de cohérence, majoritairement faites de pans de bois, il n’en demeure pas moins qu’il n’y avait pas d’uniformité et qu’une certaine variété existait.

Dans la campagne troyenne

  Les relations entre la ville et sa campagne, où s’étaient implantés nombres de ces bourgeois par l’acquisition de terres peut se lire grâce au mécénat dans les églises voire l’édification de demeures ostentatoires, ainsi à Rumilly-les-Vaudes qui en est un exemple exceptionnel[3].

  Outre l’église, élevée par les bons soins de Jean Collet, natif et curé du village et surtout official de l’évêché et résident à Troyes, le manoir des tourelles est une démonstration exceptionnelle de cette volonté de marquer dans ses domaines campagnards son ascension sociale. Le manoir fut édifié par le marchand et notable bourgeois Pierre Pyon[4], demeurant à Troyes.

Rumilly-lès-Vaudes, le Manoir des Tourelles
Cl. J. Provence
Rumilly-lès-Vaudes, le Manoir des Tourelles
Cl. J. Provence
 Plus difficile à saisir, l’ascension sociale au sein des sociétés rurales était bien réelle. Un cas particulier peut laisser deviner ce fait : celui de Guillaume La Fille de Montreuil-sur-Barse, mentionné procureur des habitants du village entre 1523 et 1534 dans des négociations avec l’abbé de Montiéramey visant à transformer les terres mainmortables du village en des terres censitaires, se libérant ainsi des charges qui conférait à ces terres des conditions serviles pour les rendre libres. Guillaume La fille était l'un des plus gros laboureurs du village. Entre 1535 et 1552, il faisait bâtir un véritable hôtel particulier au centre village, en damier champenois, à l’imitation du marchand troyen Jehan de Heurles qui avait quelques terres à Montreuil. Cette maison est le symbole de l'ascension sociale d'une famille paysanne qui intégrera dans les générations suivantes la petite noblesse locale.

Montreuil-sur-Barse, maison bâtie par Guillaume La Fille
Cl. J. Provence


[1] Élodie Zaccaria, « Nicole Mauroy, fondateur d’une dynastie », La Vie en Champagne, N° 93, janvier-mars 2018.
[2] Aurélie Gauthier, « Les Molé ou l’ascension sociale d’une famille troyenne au lendemain de la guerre de Cent Ans », La Vie en Champagne, N° 84, octobre-décembre 2015.
[3] Rumilly-lès-Vaudes. Son manoir, son église et ses mécènes, sous la direction de Marion Boudon-Machuel et Jacky Provence, Troyes, La vie en Champagne, 2016.
[4] Ce Pierre Pyon n’était pas boucher comme il a été souvent été dit et répéter ; il existait à Troyes un autre Pierre Pion qui effectivement boucher et que l’on a confondu avec le marchand, qui appartenait au réseau des familles les plus influentes de Troyes. Il chevalier du Saint-Sépulcre et conseiller de la Ville de Troyes. Avec son épouse, Jeanne Festuot, fille d’un marchand drapier, il donna plusieurs vitraux à la cathédrale de Troyes.


jeudi 3 mai 2018

Entre Moyen-Âge et Renaissance : le "grand remplacement" nobiliaire en Champagne méridionale

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Extrait revu et corrigé de la conférence « Le Beau XVIe siècle à Troyes et en Champagne méridionale. La  renaissance d’un pays » donnée le 9 novembre 2010 à la DRAC de Châlons-en-Champagne.

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   Vers 1200, Michel Belotte comptait pour le comté de Bar-sur-Seine un seigneur par village sauf ceux tenus par des seigneuries ecclésiastiques : sur 117 villages des confins burgondo-champenois qui faisaient l’objet de l’enquête il recensait une soixantaine de familles nobles (certaines se divisant en plusieurs branches : Chappes, Chacenay…).

   Au début du XIVe, il ne subsistait que vingt-cinq de ces familles et en 1400 plus que cinq. Seule la famille de Ville-sur-Arce parvenait de façon certaine à dépasser le seuil des années 1500. Les anciennes lignées s’étaient effacées au cours de ces trois siècles ; guerres et épidémies avaient eu raison de la majeure partie de ces familles.

    Cet effacement fut aussi le fait de leur ruine et de la vente de nombreuses seigneuries à des familles étrangères à la région, en particulier à des Bourguignons, ou le mariage de la dernière héritière avec un de ces seigneurs. Ainsi la famille de Chappes disparut vers 1376 ; Marguerite de Chappes, dernière héritière, s'était mariée à Pierre de Montagu, sire de Mâlain, chambellan du roi de France et du duc de Bourgogne. Ils vendirent vers 1396 à un autre bourguignon la seigneurie de Chappes :  Pierre d’Aumont, premier chambellan du duc Philippe le Hardi. 

Château de Chappes d'après Claude de Chastillon
   Erard Ier acheta la seigneurie de Polisy en 1321, qu'il laissa à son frère Jean. La famille poursuivit rapidement son expansion en Champagne méridionale.
   Jean de Blaisy, chevalier et chambellan du duc de Bourgogne acheta en 1391 d’Isabelle de Saint-Phal la terre de Villiers le Bois et ses biens à Etourvy. 
  A Chacenay, Aimé de Choiseul, conseiller et chambellan du duc Jean Sans Peur, épousa l’héritière, Claude de Grancey au début du XVe siècle ; celle-ci, en premières noces avait épousé Pierre d'Aumont, oncle de Jacques d'Aumont, sire de Chappes.  

Château de Chacenay, les Tours Sainte-Parise, porte méridionale de l'enceinte.  
   Des héritières de familles ruinées avaient même pu épouser des roturiers ; ainsi  Jean Pate de Vougrey vendit une partie des terres de sa femme, de noble naissance. 
   D’autres lignées anciennes, sans complètement disparaître s’effacèrent sans que l’on ne sache ce qu’elles devinrent. Ainsi se substituaient à elles de nouvelles lignées seigneuriales. 
   On assista à une véritable colonisation bourguignonne, sous la protection des ducs. 
   Les ducs de Bourgogne installèrent des capitaines dans les principales places fortes de la région :
   - Jean de Dinteville à Bar-sur-Seine ;
   - Jacques d’Aumont, chambellan, à Chappes ;
   - La famille de Monstier prit en leur nom la défense de Chaource.
  
   D’autre part s’installèrent des familles venant de Lorraine ou du Nord : 
   - Les Créqui, famille d’origine Picarde s’implantèrent aux Riceys ;
   - Les Lenoncourt, branche cadette d’un des quatre « grands chevaux » de Lorraine, s’installèrent à Marolles-les-Bailly par détournement d’héritage. Solidement installée dans cette région, la famille donna quatre baillis à Bar-sur-Seine. La branche aînée donna de puissants ecclésiastiques dont deux cardinaux et un archevêque de Reims, Robert de Lenoncourt, qui couronna François Ier en 1515. 

Robert de Lenoncourt dans la tapisserie de la Présentation de la Vierge.
Il fut un grand mécène : il fit réédifier le portail de la basilique Saint-Remi ainsi que le tombeau du saint et la dota d'une série de tapisseries représentant la vie du saint. 
   A la disparition de Charles le Téméraire, ces nouvelles familles qui s’étaient rapidement et solidement implantées allaient rallier la cause royale et bénéficier de ses faveurs. Ainsi les Lenoncourt dans la région de Bar-sur-Seine, et plus encore celle des Dinteville. Jean III avait été bailli de Bar et de Troyes pour le duc de Bourgogne et le roi d’Angleterre ; son fils Claude exerça la même charge à Bar-sur-Seine. Il avait été surintendant des finances du duc de Bourgogne, conseiller et chambellan de Philippe Le Bon puis de Charles le Téméraire. Mort devant Nancy en 1477 aux côtés de ce dernier, il eut quatorze enfants. 
    Ralliés au roi de France, Louis XI, certains de ses fils auront ses faveurs : 
    -  Jacques, seigneur des Chesnets, Commarin, comte usufruitier et bailli de Bar-sur-Seine, capitaine de Beaune ;
   - Guillaume devint abbé de Montiéramey, siège repris ensuite par son cousin, Joachim puis son frère François, évêque d’Auxerre (1514-1530).
   - Gaucher Ier, seigneur de Dinteville, des Chesnets, de Polisy, Foolz, Bourguignons, Thennelières, Laubressel, Vanlay, Vallières, connu la plus belle ascension. Avec Philibert de Choiseul, il avait été un des rares nobles champenois à accompagner le roi en Italie. Entré très jeune au service de Louis XI puis à celui de François Ier, il avait cumulé de nombreuses charges tant en Champagne qu’à la Cour ; il y avait été le gouverneur du Dauphin François. Ses fils poursuivirent cette ascension familiale : 
   - François II, abbé de Montiéramey et Montier-la-Celle,ambassadeur de François Ier à Rome (1531-1532) et évêque d'Auxerre (1530-1554). 
   - Jean IV de Dinteville de 1522 à 1554, devint gouverneur de Charles duc d’Orléans ; il fut nommé ambassadeur en Angleterre en 1531, mort à Polisy en 1555 ; il était bailli de Troyes. C’est lui qui fit venir le Primatice et Dominique Florentin à Polisy pour l’édification de son château, écrin pour le célèbre tableau qu'il commanda à Hans Holbein.

Les Ambassadeurs de Hans Holbein le Jeune, 1533
double portrait de Jean de Dinteville et Georges de Selve
Londres, National Gallery 
   - Guillaume fut gentilhomme de la Chambre du roi, capitaine de Langres, gouverneur du Bassigny et bailli de Troyes ; 
  - Gaucher II, seigneur de Vanlay, de Vallières, Bourguignons, Laubressel fut capitaine de Bar-sur-Seine, gentilhomme de la Chambre du duc d'Orléans. En 1538, il s'exila en disgrâce à Venise. Il épousa en 1544 Louise de Coligny.

  Toutes ces familles nobles deviendront d’importants mécènes à la fin du XVe siècle et au cours du XVIe, comme par exemple :
   - Les de Monstier auxquels nous pouvons associer la mise au tombeau de Chaource : la chapelle sépulcrale de deux donateurs, Nicolas de Monstier, capitaine de Chaource, et Jacqueline de Laignes, sa femme qui se sont fait représenter priant.

Nicolas de Monstier et Jacqueline de Laignes
Chapelle du Sépulcre, église de Chaource
  - La famille de Dinteville, protectrice et mécène d'artistes, dont Dominique Florentin ou le sculpteur barséquanais Claude Bornot.

   Ces familles ont joué un rôle important dans le mécénat et la diffusion de l’art de la renaissance en Champagne méridionale.


Sources et bibliographie : 
  • Michel Belotte, La région de Bar-sur-Seine à la fin du Moyen-Âge, du début du XIIIe siècle au milieu du XVIe siècle. Étude économique et sociale, thèse, université de Dijon, 1973.
  • Laurent Bourquin, Noblesse seconde et pouvoir en Champagne aux XVIe et XVIIe siècles, Paris, Publications de la Sorbonne, 1994.

lundi 30 avril 2018

La Champagne méridionale entre 1477 et 1544 ; le temps de la reconstruction

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Extrait revu et corrigé de la conférence « Le Beau XVIe siècle à Troyes et en Champagne méridionale. La  renaissance d’un pays » donnée le 9 novembre 2010 à la DRAC de Châlons-en-Champagne.

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   De la disparition de Charles le Téméraire en 1477 à la campagne de Charles Quint en 1544, la province bénéficia d’un demi-siècle de paix relative. Certes, l’Empereur revendiquait le duché de Bourgogne et le comté de Bar-sur-Seine, au nom de l’héritage bourguignon, mais entre 1484 et 1525, le conflit allait se porter en Italie. La bataille de Marignan, en 1515, marquait l'engagement de François Ier, dès son avènement dans cette guerre en Italie. 

Pierre Bontemps, La bataille de Marignan, tombeau de François Ier et de Claude de France (1549-1558), basilique royale de Saint-Denis.
La Champagne connut un répit salutaire, entrecoupé de quelques alertes, qui épargnèrent cependant la plus grande partie de la province.
En 1520, Robert II de La Marck, duc de Bouillon et prince de Sedan tenta de tirer parti de la rivalité entre le roi de France et l’Empereur pour s’émanciper de la souveraineté impériale. Pour empêcher que le conflit ne vienne à dégénérer et toucher le Nord de la province, François Ier envoya Bayard organiser la défense de Mézières. Au mois d’octobre 1521, les impériaux durent abandonner le siège[1].
Au cours de l’été 1523, une nouvelle incursion toucha le sud-est de la province. Des lansquenets pénétrèrent le Bassigny et ravagèrent la région de Langres. Ils furent repoussés par Claude de Lorraine, duc de Guise, à Neufchâteau sur la Meuse. 
Deux ans plus tard, le désastre de Pavie redonnait à la Champagne une nouvelle importance ; abandonnant ses rêves italiens, François Ier devait désormais songer à renforcer sa frontière de l’Est.

Ces quelques décennies de paix relative allaient profiter à la reconstruction et au redressement de la province.

Si l’économie locale avait considérablement été touchée pendant les nombreuses années des «Temps des malheurs », son potentiel n’en avait pas été détruit. Dans le Barséquanais, sur une même circonscription, le nombre de feux imposables passait de 399 en 1478 à 4872 en 1544. La seule ville de Bar-sur-Seine avait vu ce nombre de feux multiplié par trente[2]. Cet essor des feux reposait essentiellement sur une natalité exceptionnelle. Troyes passait de 23 000 habitants en 1520 à plus de 30 000 en 1570, faisant d’elle la cinquième ville du royaume.


Tant dans les villes qu’à la campagne, l’essor démographique avait pour corollaire une croissance exceptionnelle de la demande qui se traduisait par une véritable reconquête de l’espace. De nombreuses terres abandonnées, laissées en friches et reboisées naturellement furent remises en valeur. Dans la région de Chaource, les autorités comptaient près de 4000 arpents défrichés ; en 1502, 120 arpents étaient regagnés à Arelles, 100 arpents à Villemorien[3]. Profitant de la disparition ou de la ruine qu’avait connue la petite noblesse locale au cours de ces guerres et en faisant l’acquisition de terres, la bourgeoisie des villes participait à cet effort de reconstruction. L’exemple de Simon de Sens nous permet de nous rendre compte de son implantation dans toute la campagne environnante tant par la possession de terres et de têtes de bétail[4]. Il avait acquis terres et vignes entre 1493 et 1548. Elles constituaient plus de 45 % de sa fortune. Celles-ci étaient localisées tout autour de Troyes, sur 23 localités différentes, de la  porte du Beffroy au pays d’Othe, de la porte de Croncels à la région de Chavanges. Il possédait 163 moutons, tous situés en Champagne crayeuse, le troupeau le plus important, constitué de 133 têtes, se trouvait à Mesnil-Lettré.

De fait, la demande en bois, qui accompagnait cette nécessité d’augmenter les surfaces cultivées, dut être considérable. Villes, bourgs et nombreux villages étaient à reconstruire. La chute démographique et l'abandon des maisons, fermes et même villages sur la longue période des « Temps de malheurs » n’était pas sans conséquences sur l’état des bâtiments, constitués essentiellement de bois, de torchis et de chaume. Dans le monde rural, la reconstruction des villages est rendue lisible avec celle de leurs églises. Dans l’espace de la Champagne méridionale, la reconstruction totale de 109 églises et 205 reconstructions partielles furent recensées[5]


Bar-sur-Seine, incendiée en 1475, devait se relever de ses cendres. À Troyes, au début du XVIe siècle, les censiers ne manquaient pas de mentionner des maisons ruinées pour lesquelles rentes et censives étaient diminuées[6], et d’autres maisons reconstruites de neuf[7]. Le grand incendie de 1524 détruisit une grande partie de la ville ; il accéléra cette reconstruction. Menée dans l’ensemble de façon rapide, mais incomplète, elle montrait que le potentiel économique de la ville s’était rapidement reconstitué.

Parallèlement, Troyes était devenu un immense chantier religieux. Les travaux de la cathédrale reprirent vers 1452 et de façon plus importante à, partir des années 1480. Ils se poursuivirent pendant tout un siècle. Entre 1476 et 1481, les Cordeliers entreprenaient la construction de leur remarquable chapelle de la Passion ; au cours de la première moitié du XVIe siècle, ils faisaient rebâtir le cloître.  Toutes les églises de la ville furent l’objet d’importants travaux, en particulier Saint-Jean, Saint-Nicolas et Saint-Pantaléon, ruinées par l’incendie de 1524.

  • 1450 : reprise des travaux de la cathédrale ; ils se poursuivent pendant tout le XVIe siècle
  • 1476-1481: édification de la chapelle de la Passion au couvent des Cordeliers
  • Fin XVe et début XVIe : travaux d’agrandissement à l’église Saint-Jean ; 1524 : l’église Saint-Jean est détruite par le grand Incendie; elle est reconstruite au cours de ce siècle
  • Vers 1500 : début de la reconstruction de Saint-Nizier; elle se poursuit pendant tout le XVIe siècle
  • 1500 : début de la reconstruction du chœur de Sainte-Madeleine, puis en 1535 de la tour
  • Fin XVe : début de la reconstruction de Saint-Nicolas - 1524 : le grand incendie détruit Saint-Nicolas. La reconstruction commence en 1526
  • 1517 : début de la reconstruction de Saint-Pantaléon ; 1524 : le grand incendie détruit le chantier ; la reconstruction doit reprendre

Tous ces chantiers allaient entretenir et dynamiser une population importante vivant des métiers de la construction et de la création artistique, création qui ne pouvait se faire sans le retour d’une certaine prospérité. 



[1] Bourquin Laurent, Noblesse seconde et pouvoir en Champagne aux XVIe et XVIIe siècles, Paris, Publications de la Sorbonne, 1994, p.16.
[2] Michel Belotte, La région de Bar-sur-Seine à la fin du Moyen-Âge, du début du XIIIe siècle au milieu du XVIe siècle. Étude économique et sociale, thèse, université de Dijon, 1973, p. 250-251.
[3] Belotte, 1973, p.262.
[4] Turquois Michel, "En marge de l'inventaire après décès de Symon de Sens", Le Beau XVIe siècle, Troyes, 1989, p.87.
[5] LEROY Pierre-E., Histoire économique et sociale des églises de la Champagne Méridionale à la fin du Moyen-âge et au début des Temps Modernes, D.E.S.S, Travail dactylographié, [s.d.s.l.]  ; Beau Marguerite, Essai sur l'architecture religieuse de la Champagne méridionale hors Troyes, Troyes, 1991, p. 78-79.
[6] Arch. dép. Aube, 22 H 149*, f° 9 r°.
[7] Arch. dép. Aube, 22 H 149*, f° 229 v°.

samedi 10 mars 2018

La Champagne aux XIVe et XVe siècles : une province frontière à l’épreuve des fléaux de Dieu

Extrait revu et corrigé de la conférence « Le Beau XVIe siècle à Troyes et en Champagne méridionale. La  renaissance d’un pays » donnée le 9 novembre 2010 à la DRAC de Châlons-en-Champagne.

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    Avec le partage de Verdun, en 863, la Champagne devint une frontière du royaume face à l’Empire. Dès cette époque, des chroniqueurs, parmi lesquels Prudence de Troyes, estimaient que les limites du royaume se confondaient avec le cours de la Meuse[1]. Un puissant comté allait se constituer depuis Troyes, étendant son influence par les nombreuses châtellenies que les comtes possédaient et les liens vassaliques qu’ils avaient su tisser, sur une vaste étendue située à l’Est du domaine royal. Cependant cet ensemble territorial restait incomplet. Les comtes n’étaient pas parvenus pas à intégrer les puissantes principautés religieuses de Reims, Châlons-en-Champagne et Langres, trois des six pairies ecclésiastiques du royaume, véritables citadelles spirituelles qui le protégeaient sur ses marges Nord et Est.

Les comtes, alliés aux rois de France par des liens matrimoniaux, pairs laïques, assuraient la défense du royaume sur ses marges orientales. Ce rôle stratégique se trouva renforcé lorsque que le comté passa dans le domaine royal, par le mariage, en 1284, de la dernière héritière des comtes de Champagne, Jeanne de Navarre, avec le dauphin Philippe, appelé à devenir roi de France sous le nom de Philippe IV le Bel[2].

Dès le début du XIVe siècle, la Champagne fut durement touchée par les « Fléaux de Dieu », famines, épidémies et guerres l’éprouvèrent considérablement, auxquels il faut ajouter les crises économiques et sociales.
Les Foires de Champagne étaient entrées en déclin et allaient disparaître au cours de ces deux siècles. Les flux commerciaux avaient changé. À la fin du XIIIe siècle, une liaison maritime fut créée depuis les ports italiens, attestée dès 1277 de façon régulière à partir de Gênes jusqu’aux ports de la Manche et de la Mer du Nord. Dans le même temps, une liaison terrestre se développait. Le poids de plus en plus important des villes de la Hanse en Baltique, en relation avec la Pologne et la Russie, allait décaler l’axe majeur européen terrestre vers l’Est. La construction du pont sur la Reuss au col du Saint-Gothard, en 1237, ouvrait une nouvelle voie depuis l’Italie qui favorisait « l’isthme allemand » aux dépends des routes passant par la Champagne. Enfin le passage par le col du Brenner allait relier directement Venise aux villes allemandes alors en pleine expansion. La route de Champagne était fortement concurrencée. L’activité textile des villes telles que Châlons, Reims ou Provins, qui avaient trouvé dans les Foires un important débouché commercial[3], en subit des conséquences funestes. La crise due à des mutations dans les échanges européens fut aggravée par des circonstances plus locales touchant les villages du plat pays.

En effet, cette décadence économique coïncida avec d’autres malheurs des temps. Dès 1316, débutait une série de grandes disettes, liées à une succession de mauvaises récoltes et à une dégradation du climat, aggravées plus tard par les guerres et le passage des hommes d’armes qui ravageaient les terres. En 1348 la Peste Noire frappa avec violence une population affaiblie. Les épisodes contagieux, souvent véhiculés par les troupes, s’installaient de façon endémique, frappant la Champagne chaque décennie pendant deux siècles.
La Brie et les bailliages de Vitry et Chaumont venaient de connaître une jacquerie[4] lorsqu’en 1358 la guerre toucha réellement la région ; au lendemain du désastre de Poitiers, Charles le Mauvais, roi de Navarre et prétendant au comté de Champagne, y faisait entrer des troupes anglo-navarraises. Le roi lui opposa les compagnies d’un mercenaire lorrain, Brocard de Frénétrange[5].
À l’automne 1359, le roi d’Angleterre Edouard III débarqua en France et prit le chemin de la Champagne avec l’objectif de se faire sacrer à Reims. La ville lui résista[6]. En janvier, Edouard III leva le siège et prit la direction de Paris, parcourant et pillant la Champagne[7]. La province fut sous la coupe des bandes et les répits ne furent que de courte durée. La guerre reprit en 1369 ; de nouveau, la Champagne fut traversée par les grandes chevauchées  anglaises qui la dévastèrent : Robert Knolles, en 1370, Jean de Lancastre, en 1373 et Buckingham, dit encore Gloucester, fils du roi d’Angleterre en 1380[8].

Source : Histoire de la Champagne, sd Maurice Crubelier, Toulouse, 1975, p.183.
   Les années suivantes virent se mettre en place une puissance rivalisant avec le roi. Les Bourguignons avaient renforcé leur emprise sur la Champagne méridionale, faisant l’acquisition de droits dans les châtellenies de Villemaur, Chaource, Isle (-Aumont) et Bar-sur-Seine[9]. Les nécessités de la défense conduisirent le souverain Charles V à désigner en 1368 son frère Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, commandant militaire en chef. Cette autorité s’exerçait sur les cinq diocèses de Soissons, Laon, Reims, Châlons et Troyes. Les Bourguignons y renforçaient leur présence, présence d’autant plus utile qu’en 1384, à la mort de son beau-père le comte de Flandres, Philippe le Hardi hérita de ses possessions dont le comté de Rethel[10]. La Champagne, placée entre les États du Nord et le duché de Bourgogne, devenait une terre convoitée et son acquisition aurait permis de rattacher les biens du duc. Ce dernier pensait profiter de la rivalité franco-anglaise pour constituer un État souverain.


Les principales villes champenoises, parmi lesquelles Reims, Châlons, Troyes, Chaumont et Langres, se soumirent au duc de Bourgogne en 1417, permettant à Jean sans Peur de créer le gouvernement militaire de Champagne et de Brie[11]. Jusqu’alors écartelée par les multiples subdivisions administratives et religieuses, la province venait véritablement de naître, à la faveur de la guerre. La reine Isabeau vint résider à Troyes, devenue une véritable capitale pour le duc de Bourgogne. à la suite de l’assassinat du duc Jean sans Peur à Montereau, en 1419, son fils Philippe le Bon entreprit avec la reine Isabeau par un traité conclu à Troyes le 21 mai 1420, d’écarter le Dauphin de la couronne et de la remettre aux Anglais.

Venue des confins de la Champagne et de la Lorraine, Jeanne d’Arc allait conduire le Dauphin Charles au sacre à Reims. Troyes, après un moment de résistance s’ouvrit au Dauphin le 9 juillet 1429[12], Châlons quatre jours plus tard et Reims le 16 juillet ; le lendemain, le Dauphin était sacré. Le roi allait alors entreprendre l’achèvement de la reconquête de la Champagne. Avec le traité d’Arras, en 1435, Charles VII accordait au duc de Bourgogne le comté de Bar-sur-Seine en apanage. Licenciées, les bandes de mercenaires, au nom très significatif d’ « écorcheurs », se répandirent dans toute la région et la soumirent aux pillages. En 1441, Charles VII mena personnellement une campagne contre ceux-ci. Du mois de janvier au mois d’avril, le roi parcourut la Champagne à la poursuite de ces bandes. Alors qu’il se trouvait à Bar-sur-Aube, il extermina les compagnies ayant à leur tête le bâtard de Bourbon. Ce dernier fut condamné à mort. Enfermé dans un sac, il fut jeté dans l’Aube, ses lieutenants pendus ou décapités. Cependant, la question des écorcheurs ne fut réglée définitivement qu’en 1444, lorsque le Dauphin Louis partit en campagne pour le compte de l’Empereur en Suisse[13].

   Alors que la paix s’installait en Champagne septentrionale, comme dans le royaume, la partie méridionale de la province vit reprendre les hostilités entre le roi de France, Louis XI, et le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire. En 1475, les royaux, avec l’aide des Troyens, prirent, pillèrent et incendièrent Bar-sur-Seine, aux mains des Bourguignons. De nouveau, la région fut dévastée[14]. Il fallut attendre la mort de Charles le Téméraire au siège de Nancy en 1477 pour que le calme revienne, bien que des menaces pesaient toujours de la part des héritiers du duc de Bourgogne. Marie de Bourgogne et son époux, Maximilien de Habsbourg, empereur du Saint-Empire romain germanique, n’avaient pas renoncé à l’héritage bourguignon[15].

   Il est difficile de quantifier de façon précise le désastre économique et la chute de la population, en particulier dans les campagnes ; les Français avaient inauguré au cours du XIVe siècle une nouvelle stratégie qui consistait à refuser le combat en plat pays et à se réfugier dans les villes closes. L’ennemi occupait et dévastait la campagne. Il en résulta de grandes pertes dans le potentiel économique des campagnes, affectant de ce fait l’activité des villes qui en dépendaient de façon très étroite. Au Nord de la Champagne, dans le Porcien, cinquante-quatre villages du diocèse de Reims avaient perdu entre 1300 et 1364 plus de 75 % de leur population. Cette saignée humaine semble durable. Il faudra attendre le XVIIIe siècle pour que certains de ces villages retrouvent les niveaux de 1300[16]. Dans la plaine crayeuse, dans le doyenné de Sézanne, de nombreux villages avaient été abandonnés[17]. Au Sud de la région, les domaines de l’abbaye de Clairvaux, auraient perdu deux tiers de leur population entre 1380 et 1430[18]. D’Abois de Jubainville a laissé une description très détaillée et précise de l’état désastreux du diocèse de Troyes au travers des comptes de l’évêque dans la première moitié du XVe siècle[19]. Vers 1419-1420, quatre villages et bourgs furent entièrement détruits dont Pont-sur-Seine et Méry-sur-Seine, sans compter au cours de cette période de la première moitié du XVe siècle les villages qui se vident et les terres dévastées.


   Aux confins burgondo-champenois, le comté de Bar-sur-Seine, fut encore plus durablement éprouvé par les 130 années de guerre entrecoupées de trêves. Par trois fois, cette partie de la Champagne méridionale fut dévastée. Dès la fin du XIVe siècle, des villages avaient perdu 50 à 75 % de leurs feux[20]. Après les épidémies de peste de 1348 et surtout celle de 1360-61, et le passage des Grandes Compagnies, de nombreux champs furent abandonnés, des moulins et ponts détruits, et des maisons brûlées ; maintes vignes sont mentionnées « en désert[21] ». Quelques villages avaient même disparus, tels celui de Frisons « arce du feu des Anglais[22] ». La seule ville de Bar-sur-Seine fut réduite deux fois en cendres, après une mise à sac, en 1359 et en 1475. Les phases de trêve et de relative accalmie guerrière n’avaient pas permis de reconstruire et récupérer les niveaux d’avant-guerre. Les reconstructions tentées par le duc de Bourgogne dans ses terres de Champagne furent un échec ; la région de Chaource, Isle, Bar-sur-Seine et Jaucourt n’avait pas surmonté la crise, et tandis qu’à partir de 1450, comme dans de nombreuses autres régions, commençait une véritable reconstruction, la région replongeait en 1470 dans de nouvelles épreuves annihilant tous les efforts. Au lendemain de cette nouvelle épreuve, en 1477, la région avait perdu près de trois quarts de son potentiel économique[23].


   Ces crises successives débutant dès la fin du XIIIe siècle avec le déclin des Foires de Champagne, auquel se sont ajoutées les mauvaises récoltes, les disettes et famines, les épidémies et les guerres avaient laissé la Champagne méridionale en ruines… Or Troyes ne peut plus compter sur ses anciennes sources de revenus pour reconstruire, les Foires de Champagne. Venise au XVe puis Anvers au XVIe sont devenues les nouvelles capitales économiques du monde européen, privilégiant les échanges maritimes, échanges accélérés depuis que les Grandes Découvertes, débutées avec les Portugais au milieu du XVe siècle, ouvert de nouvelles voies sur l'Atlantique, échanges dont a bénéficié Anvers. Les principales routes terrestres du commerce continental se sont détournées de Troyes et de la Champagne méridionale. Dans le royaume, Lyon, sur le Rhône et la Saône, et au débouché des vallées alpines a largement supplanté les villes des Foires de Champagne.


Les routes essentielles du trafic anversois.
Source : Fernand Braudel, Le Temps du Monde, Civilisation matérielle, Economie et Capitalisme XVe-XVIIe siècle,
Paris, 1979.

[1] Histoire de la Champagne, sous la dir. de Maurice Crubelier, Toulouse, 1975, p.176.
[2] Michel Belotte, La région de Bar-sur-Seine à la fin du Moyen-Âge, du début du XIIIe siècle au milieu du XVIe siècle. Étude économique et sociale, thèse, université de Dijon, 1973, p.150.
[3] Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVe-XVIIIe, Paris, 1979, p.90-94.
[4] Histoire de la Champagne, 1975, p.180
[5] Belotte, 2003, p.105
[6] Histoire de Reims, sous la direction de Pierre Desportes, 1983, p.156-157
[7] Histoire de la Champagne, 1975, p.182
[8] Histoire de Reims, 1975, p.157
[9] Belotte, 1973, p.154-155 ; Histoire de la Champagne, 1975, p.185
[10] Histoire de la Champagne, 1975, p.185
[11] Histoire de Reims, 1983,  p.165
[12] Histoire de Troyes, sous la direction de Françoise Bibolet, Troyes 1997, p. 91-97 ; Colette Beaune, Jeanne d’Arc, Paris,  2004, p. 233-245.
[13] Histoire de la Champagne, 1975, p.186-187
[14] Michel Belotte, Histoire de Bar-sur-Seine des origines à 1789, Dijon, 2003, p.123.
[15] Belotte, 2003, p.129
[16] Histoire de la Champagne, 1975, p.190.
[17] Ibid.
[18] Ibid.
[19] « Introduction », Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790 – Aube – Archives ecclésiastiques – Série G, Troyes, 1873, p. IV à LXVIII.
[20] Jully-sur-Sarce.
[21] Belotte (1973), p.106-107.
[22] Archives départementales de l’Aube, E. 85.
[23] Belotte (1973), p.233.