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samedi 8 mai 2021

Le Sépulcre de Chaource. Une œuvre, un maître

 Tel est le titre de la dernière publication du Centre Pithou, sous ma direction, éditée aux éditions Faton et sortie en cette fin avril 2021. 

Éditions Faton, Dijon, 2021 (ISBN : 978-2-87844-286-1)

 La chapelle du Sépulcre de l’église Saint-Jean-Baptiste de Chaource abrite l’une des Mises au Tombeau les plus remarquables tant par la qualité exceptionnelle de sa sculpture que par le contexte spatial dans lequel elle est mise en scène ; contexte architectural, invitant le fidèle à une véritable démarche spirituelle, l’obligeant à se courber pour y entrer comme s’il entrait au Saint-Sépulcre de Jérusalem ; contexte décoratif, ornée de peintures murales qui enrichit l’espace d’une spiritualité jusqu’à présent peu relevée. Cette Mise au tombeau, datée de 1515, donne son surnom à l’artiste qui l’a sculptée reconnue comme son œuvre magistrale : le « Maître de Chaource », à qui on attribue les plus belles sculptures du début du XVIe siècle en Champagne méridionale.

 Le Sépulcre de Chaource. Une œuvre, un maître est un volume de 322 pages comportant 152 illustrations (150 photographies, une carte et un plan). Il réunit les contributions revues et augmentées de spécialistes qui étaient intervenus au cours du colloque « Le Sépulcre de Chaource et son maître : 500 ans d’éternité », qui s’était tenu à Chaource les 26 et 27 juin 2015 à l’occasion du 500e anniversaire du Sépulcre, organisé en partenariat entre le Centre troyen de recherche et d’études Pierre et Nicolas Pithou (Centre Pithou) et la Commune de Chaource. Il enrichit par des regards croisés d’historiens et historiens de l’art, forts de nouvelles recherches et études, la connaissance de cette œuvre et lui offre de nouvelles perspectives. Ainsi la chapelle du Sépulcre de l’église Saint-Jean-Baptiste de Chaource et l’imagier qui en a réalisé les groupes sculptés, le maître de Chaource, sont étudiés au travers divers contextes, tant politiques qu’architecturaux, artistiques et spirituels, renouvelant l’image et la compréhension de cet ensemble des plus exceptionnels.

 Table :

Avant-propos, Jean Pouillot, Maire de Chaource  

Introduction, Guy Cure        

Actes du colloque

Guy Cure, Pierre E. Leroy & Jacky Provence, La chapelle du Sépulcre en son église.                      

Geneviève Bresc-Bautier, Le pèlerinage de Jérusalem et les chapelles de mémoires       

Marion Boudon-Machuel, Regards de la Passion : la Mise au tombeau de Chaource   

Clara André, De la chapelle du Sépulcre (1515) à la chapelle Saint-Georges (1548) : des peintures murales au service d’une famille de grands seigneurs, les de Monstier

Guy Cure, Les donateurs du Sépulcre : Jaqueline de Laignes et Nicolas de Monstier 

Testament de dame Jaquelyne de Laignes fondatrice du Sepulchre en l’eglise de Chaource portant la fondation de la Chapelle du sepulchre      

Pierre E. Leroy, Le Sépulcre de Chaource : les cohérences d’une œuvre devenue emblématique                                  

Annexe. Espace sacré, occupation cléricale et laïque         

Texte de la Coutume [du Baillage] de Troyes avec les commentaires de Me Louis Legrand, Conseiller au Présidial de Troyes… troisième édition, Paris, Montalant, 1715, 2 vol. t. I.                                                                                          

Chantal Rouquet & Amélie Métivier, Le Christ en croix de Saint-Urbain de l’atelier du Maître de Chaource au musée de Vauluisant          

Jacky Provence, Le Maître de Chaource face aux sources ; une énigme revisitée

Jacques Bachot et les œuvres datées du Maître de Chaource. Nouvelle chronologie 

Yves-Marie Bercé, Conclusion des actes du colloque

Ouverture spirituelle et philosophique 

Dominique Roy, La Mise au Tombeau de Chaource : une entrée dans la Résurrection     

Pierre E. Leroy, Visages du Christ, sens de la Passion         

Jean-Paul Fosset, De la Création du mystère… au mystère de la Création. Imaginaire et Réel dans l’Art. La Mise au tombeau de Chaource                                     

Les auteurs : 

Clara André, titulaire du master professionnel « Expertise et Protection du Patrimoine culturel et textuel » du Centre universitaire de Troyes et membre du Groupe de recherches sur la peinture murale, s’est spécialisée dans l’étude des peintures murales en Champagne méridionale. Elle a publié en particulier Les peintures murales du XVIe siècle dans les églises de la Champagne méridionale (2008)

Yves-Marie Bercé est professeur émérite d'histoire moderne à l’université Paris-Sorbonne, directeur honoraire de l'École des chartes et membre de l’Institut de France.

Marion Boudon-Machuel est professeure en histoire de l’art au Centre supérieur de la Renaissance de l’université de François-Rabelais de Tours. Elle a publié de nombreux articles sur la sculpture française, italienne et flamande des XVIe et XVIIe siècles. Elle est l’auteure de l’ouvrage Des âmes drapées de pierre. Sculpture en Champagne à la Renaissance (2017).

Geneviève Bresc-Bautier, Archiviste paléographe avec une thèse intitulée Le Saint-Sépulcre de Jérusalem et l'Occident au Moyen Âge, Conservateur général du Patrimoine honoraire, directrice honoraire du département des sculptures du musée du Louvre, elle est spécialiste de la sculpture de l'époque moderne et en particulier de la Renaissance.

Guy Cure est vice-président du Centre Pithou et membre résident de la Société académique de l’Aube. Il est spécialiste de l’histoire de Chaource plus particulièrement au XVIe siècle.

Jean-Paul Fosset est écrivain. Il a publié un roman intitulé Le Maître de Chaource (2010)

Pierre-Eugène Leroy, Maître de conférences honoraire au Collège de France, est l’auteur d'ouvrages historiques et dramatiques sur Troyes et la Champagne. Il a publié Sculptures en Champagne au XVIe siècle. 300 chefs-d’œuvre de la statuaire en Champagne méridionale (2010)

Amélie Méthivier, diplômée d’un master professionnel des biens culturels, sculpture : pierre, plâtre, bronze historique, est conservatrice-restauratrice de sculptures.

Jacky Provence, agrégé d’histoire, est président du Centre Pithou et membre associé de la Société académique de l’Aube. Il a effectué de nombreuses recherches sur Troyes et la Champagne méridionale aux XVe et XVIe siècle et tout particulièrement sur le monde des artistes de cette époque.

Chantal Rouquet est Conservateur en chef du patrimoine, directrice adjointe honoraire des musées de Troyes, chargée des collections anciennes.

Dominique Roy est Recteur de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Troyes, Conservateur ecclésiastique du Trésor et membre résident de la Société Académique de l’Aube. Il est l’auteur du livre Chaource. « Celui que mon cœur aime » (1993)


dimanche 20 décembre 2015

Le Sépulcre de Chaource, 1515 : la vidéo

Le Sépulcre de Chaource 1515


Cliquer sur l'image

Scénario :
Guy Cure
Jacky Provence

Texte :
Guy Cure
Pierre-Eugène Leroy
Jacky Provence

Image :
Corto Layus
Thibaud Provence

Son :
Thibaud Provence

Musique :
"Orgues de Chaource" - Géraud Guillemaud

Voix :
Pierre-Eugène Leroy

Montage de préfiguration :
Arnaud Rollin

Montage Final :
Thibaud Provence

Encadrement :
WEB3-DESIGN


Lien : https://www.youtube.com/watch?v=TBYCQCofV58

Production : Commune de Chaource - Centre Pithou


mardi 1 novembre 2011

La Mise au tombeau de Chaource


La mise au tombeau de Chaource
  Le Saint-Sépulcre de Chaource, ou Mise au Tombeau, est incontestablement l'une des œuvres les plus remarquables de Champagne méridionale du XVIe siècle. Elle a donné le nom à un maître, le Maître de Chaource, auteur de sculptures dans la région considérées comme des chefs-d’œuvre  du début du XVIe siècle (comme la Sainte Marthe de Sainte-Madeleine de Troyes ou encore l'Ecce Homo de la cathédrale de Troyes).
 Le Sépulcre est placé dans une petite chapelle voûtée en berceau, située au nord du sanctuaire de l'église. Les murs sont entièrement peints. Souvent qualifiée de "crypte" ou de chapelle semi-enterrée, elle n'est ni l'une, ni l'autre. Cette chapelle se trouve au niveau du sol ; c'est tout l'est de l'église qui a été surélevé de façon à ce que celle-ci soit de niveau avec l'entrée. 

  La Mise au tombeau est le décor sculpté monumental de la chapelle d'un seigneur local et de son épouse : Nicolas de Monstier et Jacqueline de Laignes. Une inscription, surmontant les deux donateurs, représentés priants, nous renseigne sur la date et les commanditaires de cette chapelle : 

Nicollas de Mo(n)stier, escuyer, en son vivant seigne(u)r de
Chesley, Fontaines et Cussangey e(n) partie, capitaine de
Chaource et damoiselle  Jacqueline de Laignes , sa fem(m)e
dame de La Jaisse, Montigny, La Coere, la Petite  Brosse,
Bruchon, Pichancourt et Sally firent faire ce p(rese)nt cepulcre
lan mil cinq cens et qui(n)ze et gite led(it) escuyer sous
le crucifix de ceent. Pries Dieu pour eulx. 


   La date de la réalisation est donc connue : 1515.

   Nicolas de Monstier et Jacqueline de Laignes sont représentés sous la forme de deux statues priantes le long du mur sud de la chapelle, agenouillés devant un prie-Dieu orné de leurs armoiries. Leur statue est posée à côté de leur tombeau, situé de l'autre côté du mur, dans le sanctuaire. Nicolas est représenté en chevalier, en cotte d'armes, l'épée au côté. Il tourne le dos à son épouse, agenouillée derrière lui, et de plus petite taille. L'inscription nous apprend qu'il est à cette date décédé et que son corps repose sous le crucifix, celui du sanctuaire. 
  Jacqueline est encore vivante en 1527, date à laquelle elle rédige son testament dans lequel elle déclare vouloir reposer aux côtés de son premier époux, Nicolas de Monstier. Elle fonde également une messe dans la chapelle. Elle est représentée en veuve. Leurs effigies ont-elles été réalisées à la suite de ce testament, en 1527, ou sont-elles contemporaines du Sépulcre ? Jacqueline de Laignes aurait-elle fait appel au "Maître de Chaource" plus de douze ans plus tard pour qu'il réalise ces priants ? C'est ce que pense Francis Salet, contrairement à l'ensemble des autres auteurs. 


Nicolas de Monstier et Jacqueline de Laignes
  Les commanditaires se rappellent aux yeux de tous en ayant fait mettre leurs armoiries sur le sarcophage du Christ, de part et d'autre d'un ange portant un phylactère. À gauche les armes de Nicolas de Monstier, d'azur à trois tours d'or, et à droite, celles de Jacqueline de Laignes, d'azur à trois fasces d'or au chef endenté de même. 


Armoiries sur le sarcophage du christ
Saint Sépulcre de chaource
 La porte de la chapelle franchie, après avoir descendu deux marches, la mise au tombeau nous fait face. Le cadre impose intimité et recueillement, mais à peine entrés, des ombres nous surprennent à gauche et à droite, trois soldats spectateurs de la scène, deux d'entre eux debout, le troisième assis. 


Mise au tombeau de Chaource
Les deux gardes se tenant debout 
  Les trois gardes fixent la scène de la mise au tombeau. Sont-ils placés dans la mise en scène original ? Ont-ils été déplacés et repositionnés plus tard ? 

 Le Christ est étendu au-dessus du sarcophage sur le linceul tenu à gauche par Joseph d'Arimathie et à droite par Nicodème. Le premier porte un turban, le second un chapeau de pèlerin, une grosse bourse à la ceinture. La Vierge se tient à la hauteur de la tête du Christ, saint Jean juste derrière elle, la soutenant discrètement. Les trois saintes femmes, Marie-SaloméMarie-Madeleine et Marie-Cléophas, viennent ensuite côte à côte, légèrement en retrait. 


Mise au tombeau de Chaource, détail
  Marie est penchée avec une digne retenue au-dessus du visage de son fils, les mains jointes. Le capuchon de son manteau et les jeux de la lumière qui filtre des petites fenêtres rendent plus intense l'émotion qu'elle dégage. Elle est plongée dans une douloureuse contemplation de ce visage qui porte encore sur le front les stigmates laissés par la couronne d'épines. 
 Les traits du Christ sont graves et sereins, en harmonie avec un corps qui, malgré une certaine rigidité cadavérique, semble détendu et relâché.
 Le regard de Jean, par-dessus l'épaule de la Vierge, semble  dans le vide, projetant ses pensées dans l'avenir et la lourde tâche qu'il va devoir accomplir. 


La Vierge et saint Jean
Mise au tombeau de Chaource
 Marie-Madeleine est au centre des trois saintes femmes, un peu en avant des deux autres ; elle tient le vase aux parfums avec lequel elle devait embaumer le corps du Christ. À droite, Marie-Cléophas porte la couronne d'épines qui vient d'être retirée de la tête du Christ.


Mise au tombeau de Chaource
 La composition de l'ensemble est simple. Elle exprime une unité des sept personnages dans les sentiments, une même douleur ressentie et contenue devant le corps du christ. Elle donne l'impression d'une suspension de l'action dans le temps, comme s'il s'était arrêté juste avant que le corps du Christ ne soit enseveli, offrant un ultime instant de son passage sur Terre, en tant qu'Homme, pour une dernière contemplation et un dernier recueillement. 

 Cette scène n'existe pas dans les écritures. Que ce soit dans les quatre évangiles ou même dans l'évangile apocryphe de Nicodème, c'est Joseph qui était allé réclamer le corps de Jésus à Caïphe, l'avait dépendu de la Croix, porté dans le tombeau qu'il s'était fait faire pour lui-même, enroulé dans un linceul et enseveli. Puis, sortant du tombeau, il en avait fermé l'entrée en roulant un rocher. C'est ainsi qu'on lui réserve une place importante dans la mise au tombeau, à la tête du Christ. Seul saint Jean indique qu'il fut aidé par Nicodème. La présence de Marie, Jean, et des trois saintes femmes est purement imaginaire et symbolique, tout comme la scène de la Déploration ou de la Vierge de Pitié dont on trouve de nombreux exemples dans la sculpture champenoise.

 Née dans l'iconographie dès le IVe siècle, la Mise au Tombeau s'est popularisée en Occident avec le retour des Croisades et la prédication de saint François d'Assise et des Franciscains. Le thème se développe d'abord dans l'enluminure et la peinture murale avant de se trouver transposé dans les grandes scènes sculptées des tympans d'édifices gothiques. Les sculptures de grande taille n'apparaissent qu'au milieu du XIVe siècle. Elles vont alors se multiplier au XVe et XVIe siècle et nous offrir les groupes les plus impressionnants. La mise au tombeau de Chaource est, selon les spécialistes, l'un des exemplaires les plus remarquables de cette époque.

Au regard des dernières recherches et publications, le "Maître de Chaource" serait Jacques Bachot
- Julien Marasi, Le Maître de Chaource, découverte d'une identité. Catalogue raisonné. Préface Geneviève Bresc-Bautier, Troyes, Commune de Chaource et Centre troyen de recherche et d'études Pierre et Nicolas Pithou, 2015, ISBN 978-2-907894-62-3
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Bibliographie : 

- Raymond Koechlin et Jean-J. Marquet de Vasselot, La sculpture à Troyes et dans la Champagne méridionale au seizième siècle, Paris, 1900, p.103-104.

- Francis Salet, "L'église de Chaource", Congrès Archéologique de Reims, CXIIIe session, 1955, Troyes, Orléans, 1957, en particulier p.361-366.

- Michel Martin, La statuaire de la Mise au tombeau du Christ, Paris, Picard, 1997.

- Julien Marasy, Le Maître de Chaource, découverte d'une identité. Catalogue raisonné, Troyes, Commune de Chaource/Centre troyen de recherche et d'études Pierre et Nicolas Pithou, 2015.

Le sépulcre de Chaource. Une œuvre, un maître, actes du colloque tenu à Chaource les 26 et 27 juin 2015 « Le Sépulcre de Chaource et son maître : 500 ans d’éternité », Éditions Faton, Dijon, 2021 (ISBN : 978-2-87844-286-1)