jeudi 22 juillet 2010

Le jubé de Villemaur-sur-Vanne



Le jubé de Villemaur est l’un des plus beaux jubés en bois qui nous soit parvenu.
C’était un monument qui se trouvait dans de nombreuses églises, destiné à isoler le chœur de la nef. Il avait pour fonction de masquer aux fidèles les mystères de la consécration du pain et du vin, réservés aux membres du clergé qui assistaient, eux, à la messe dans le chœur. C'était une tribune de laquelle le prêtre lisait et commentait l’Evangile (sur la fonction et les origines du jubé voir plus haut "Le jubé de Sainte-Madeleine de Troyes".
http://troyes-champagnemeridionale.blogspot.com/2010/06/le-jube-de-sainte-madeleine-de-troyes_12.html

Le jubé de Villemaur est une grande tribune aérienne élevée au-dessus d’une clôture ajourée, constituée de pilastres ornés d'arabesques, sur sa partie supérieure, s'ouvrant en deux vantaux en son centre. Le soubassement plein est décoré de candélabres et de grotesques, ornementation à al mode à l'époque, entre des pilastres surmontés de figures animales.
A l’intérieur de la tourelle d’escalier qui permet de monter sur la tribune se trouvent les signatures des menuisiers qui ont monté cet ouvrage, Thomas et Jacques Guyon, et la date de 1521.



La tribune porte sur deux files de petites croisées d’ogives lancées de part et d’autres de la clôture, voûtes qui retombent vers l’extérieur sur des culots pendants ornés de figures d’anges ou de personnages humains. Les clefs, circulaires sont décorées de têtes humaines. Les écoinçons déterminés par ces retombées portent en bas-relief un décor de monstres ou de feuillages. Trois statuettes y ont été posées au centre et à chaque extrêmité : la Vierge, un évêque et saint Jean-Baptiste.



Les balustrades de la tribune ont été décorées de deux séries de bas-reliefs.
Côté choeur, onze bas-reliefs dans des cadres flamboyants sont consacrés à la Vie de la Vierge :
- le Sacrifice de Joachim refusé par le grand prêtre de Jérusalem
- la Rencontre à la Porte Dorée
- la Présentation de Marie au Temple
- le Mariage de la Vierge
- l’Annonciation
- la Visitation
- la Nativité
- l’Adoration des mages
- la Présentation de Jésus au Temple
- la Mort de la Vierge
- l’Assomption.
Chaque scène est surmontée d’un triple dais flamboyant.

Annonciation, Visitation et Nativité.
Côté nef, la tribune comporte quatre scènes de plus, deux en retour d’angle à chaque extrémité. Les quinze
bas-reliefs dans des cadres Renaissance sont consacrés à la Passion du Jésus Christ :
- la Cène, dernier repas de Jésus avec les apôtres
- l’Entrée du Christ à Jérusalem
- Jésus au Jardin des Oliviers
- l’Arrestation de Jésus
- la comparution de Jésus devant Caïphe
- la Flagellation
- l’Ecce Homo (présentation de Jésus portant le emblêmes royaux de dérision à la foule)
- Jésus devant Ponce Pilate
- Jésus portant sa croix
- la Crucifixion
- la Descente aux Limbes
- la Mise au tombeau
- la Résurrection
- l’Apparition du Christ à Marie puis à Madeleine.
Les scènes sont séparées par des pilastres et surmontées de frontons ou de niches à coquilles.
Les sculpteurs ont puisé à la fois dans un répertoire flamboyant traditionnel et dans le vocabulaire ornemental italianisant. De fait des gravures ont sans doute servi de modèle à des scènes des bas-reliefs parmi lesquelles des oeuvres de Dürer, de Schongauer et Lucas Cranach l’ancien.


Jésus-Christ au Jardin des Oliviers :
la transposition dans le bois d'une gravure de Dürer.
Il existe la cas, aussi, de l'influence certaine d'un groupe sculpté troyen sur l'un des panneaux du jubé : la Visitation de l'église Saint-Jean de Troyes.


La Visitation : jubé de Villemaur et église Saint-Jean de Troyes

Le jubé de Villemaur est bien représentatif de la sculpture champenoise du XVIe siècle à la fois fidèle à la tradition flamboyante, ouverte aux nouveautés décoratives de la Renaissance et utilisant largement des modèles gravés venus du Nord ou de l’Est, de la Flandre ou de l’Empire.





A consulter : Véronique Boucherat, L'Art en Champagne à la fin du Moyen-Âge. Productions locales et modèles étrangers (v. 1485 - v. 1535), Presses Universitaires de Rennes, 2005.



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