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dimanche 21 septembre 2025

Conclusion, "Désir d'harmonie au XVIe siècle (II). Amadis Jamyn et Chaource"

 Conclusion, Désir d'harmonie au XVIe siècle (II). Amadis Jamyn et Chaource, Centre troyen de recherche et d'études Pierre et Nicolas Pithou,  2e trimestre 2024.


 En 2021, Guy Cure publiait aux éditions Liralest – Éditions Dominique Guéniot Amadis Jamyn, un poète et savant champenois au temps des Guerres de religion, fruit d’un long travail de recherche et de compilation de l’intégrale de l’œuvre poétique du poète chaourçois. Dès 2013, le Centre Pithou avait projeté d’accompagner la publication de ces travaux par un colloque, autour d’Amadis Jamyn et des poètes champenois du XVIe siècle. Ce projet a trouvé son accomplissement avec le colloque « Désir d’harmonie. Poésie, musique et politique au XVIe siècle, en Champagne méridionale » qui s’est tenu les 24, 25 et 26 mars 2023, à Vendeuvre-sur-Barse, autour de Nicolas Bourbon, à Chaource, autour d’Amadis Jamyn, et à Troyes, autour de Jean Passerat. Ce colloque venait compléter et enrichir le travail mené par le Centre Pithou autour de cette période des guerres de Religion depuis 1998 avec la publication de la Chronique de Troyes et de la Champagne durant les Guerres de Religion (1524-1594) de Nicolas Pithou, par Pierre-Eugène Leroy (1), le colloque Les Pithou, les lettres et la paix du Royaume (2), le colloque Mémoires et mémorialistes à l'époque des Guerres de religion (3) et l’édition du Recueil des choses les plus mémorables advenues dans le royaume de France (1582-1595) de Jacques Carorguy en 2011 (4). 

Après la publication du premier tome « Désir d'harmonie au XVIe siècle. Nicolas Bourbon et Vendeuvre-sur-Barse », ce deuxième tome consacré à Amadis Jamyn est la pièce centrale de ce triptyque, réunissant les textes des intervenants au cours de cette deuxième journée de colloque. Ces contributions viennent enrichir ce beau travail de Guy Cure par des regards croisés sur le poète et une exploitation renouvelée des sources, certaines inédites. 

Amadis Jamyn naît vers 1540 ou 1541, alors que la réforme de Calvin progresse dans la région, quatre ans après que ce dernier publie l’Institutio Christianae Religionis (ou Institution de la religion chrétienne). Parallèlement, se développent localement des mouvements catholiques en réaction aux réformes protestantes, sous l’action de confréries et de l’évêché qui mène un combat judiciaire et spirituel, en particulier avec la personne de l’official Jean Collet, curé de la toute proche localité de Rumilly-lès-Vaudes (5). C’est dans ce contexte que s’ouvre le Concile de Trente. La jeunesse du poète chaourçois voit les tensions entre les communautés religieuses s’exacerber, devenir de plus en plus violentes jusqu’à l’explosion qui touche la région au cours de l’année 1562 avec les massacres de Wassy, de Sens et de Bar-sur-Seine, faits majeurs qui marquent la première guerre de Religion ; Pierre-Eugène Leroy évoque les événements barséquanais et les représailles qui s’ensuivent à l’égard des protestants de la région (6). Cette violence s’invite à Chaource. Claude-Nicolas Jamyn, père d’Amadis est-il encore en charge à la prévôté de Chaource en janvier 1563 lorsque qu’un sergent troyen surnommé « Guileaume d’Espagne » vient s’y emparer du protestant Antoine Huyart, conseiller au siège présidial de Troyes (7) ? Les liens avec Troyes se lisent au travers des Chroniques de Nicolas Pithou. En 1571, c’est un natif de Chaource qui y est lieutenant criminel, qualifié de « catholique des plus séditieux » (8). En 1588, Troyes tombe aux mains du cardinal de Guise. Il purge le conseil de ville et y place de fervents fidèles dont Nicolas Guichard, autre natif de Chaource et avocat à Troyes, « l’un des plus factieux de la ville » (9).

Amadis Jamyn n’est déjà plus à Chaource en 1563, mais il n’a pu qu’être sensible à cette déchirure grandissante dans sa jeunesse qui se traduit dans un grand nombre de poèmes. Patrick de Villepin nous plonge dans ce milieu dans lequel Amadis est né et a vécu son enfance. Filiation, parentèle et sociabilités sont autant de facteurs pouvant expliquer ses engagements et cette sensibilité. L’ensemble des interventions permet de dresser un portrait d’Amadis Jamyn. Il est issu de cette société du monde des marchands et tanneurs de Chaource dont la famille a accédé à des charges financières et judiciaires au service du roi ou des grands du royaume, et par conséquent à la petite noblesse de robe. Son père Claude-Nicolas est procureur fiscal du roi au bailliage puis prévôt de Chaource (1541), et encore procureur de Charles de Luxembourg, baron de Chaource (1548). Licencié ès lois et avocat, Claude-Nicolas a donc fréquenté une faculté de droit qui outre le droit enseigne à l’époque le latin et le grec, voire l’hébreux, à la recherche de l’authenticité des sources anciennes. L’humanisme juridique venu d’Italie réforme au cours du XVIe siècle l’enseignement du Droit en France et en dépasse même le cadre. C’est sans doute auprès de leur père ayant reçu les prémices de cet enseignement que les frères Jamyn s’initieront aux humanités avant d’aller à leur tour fréquenter un collège, comme le fait à une date inconnue Amadis, après être passé à la pension de Thierry Morel, ainsi que le suggère Patrick de Villepin. Élève au collège de Coqueret à Paris, Amadis a comme maître Jean Dinemandi, surnommé Dorat, comme avant lui Pierre de Ronsard. Ce collège est le berceau de la Pléiade. 

Claude-Nicolas est encore marguillier de l’église de Chaource, acteur de la ferveur catholique qui s’exprimait dans la reconstruction de l’édifice, entamée dès le début du siècle, et de son embellissement par un grand nombre d’œuvres autant artistiques que de dévotion. La famille et ses alliances compte encore parmi elle des membres du clergé ; Amadis suit cette voie spirituelle. Il entre en cléricature, recevant la tonsure en 1569. En 1572, il est pourvu de la cure d’Artins, dans le Vendômois de Ronsard. Cette ascension sociale de la famille trouve son couronnement avec l’anoblissement d’Amadis en 1573, alors nommé secrétaire du roi Charles IX. Avec l’achat du gagnage de Basly, en octobre 1574, Amadis donne une assise foncière à son rang nobiliaire. 

Comme le rappelle Adeline lionetto, c’est en 1563 qu’Amadis est mentionné pour la première fois dans un poème polémique en tant que « page » de Pierre de Ronsard, terme alors peu flatteur mais qui signifiait qu’il était à son service – mais ce n’est qu’en 1568 qu’on le trouve mentionné comme étant son « secrétaire ». En 1563, Ronsard publiait à Avignon Réponse aux injures et calomnies de je ne sais quels prédicants et ministres de Genève, en réponse aux attaques des protestants suite à la publication de son Discours sur les misères de ce temps, écrit en mai 1562 après les massacres de Wassy et de Sens, ainsi que de sa Remontrance au peuple de France, composé en décembre 1562, dans lesquels il défendait le catholicisme. 

À la suite de son maître et ami Ronsard, sa plume est au service de sa religion. Guy Cure rappelle que la première pièce qui lui est connue, est l’épitaphe écrite pour le tombeau du connétable Anne de Montmorency, mort après la bataille de Saint-Denis en 1568 ; il fait l’éloge des Guise, dont celui de François, mort en 1563. S’il célèbre les victoires catholiques de Jarnac (13 mars 1569) et de Moncontour (3 octobre 1569), certain que la paix et la concorde reviendront avec l’anéantissement de l’ennemi protestant par le roi qui mène cette guerre juste, il s’abstient pour d’autres événements tels que la Saint-Barthélemy, qu’il a pu vivre sans doute au plus près à Paris. En effet, comme le montrent les auteurs, Amadis est devenu un témoin privilégié depuis qu’il est au service de Ronsard. Ce dernier, devenant poète et aumônier du roi, lui ouvre l’accès à la Cour. De fait, est-ce Amadis Jamyn qui compose sous le pseudonyme de Heurnay, aux côtés de Ronsard, pour les festivités du Grands carnaval de Fontainebleau ? Adeline Lionetto reprend et développe l’hypothèse de Michel Simonin. Chants et musique composés pour ces festivités sont un appel à la paix, après les terribles années qui viennent de passer. Elles inaugurent le tour de France de Charles IX, organisé à la majorité du roi par la reine mère, Catherine de Médicis. Nous savons qu’Amadis a accompagné un certain temps, aux côtés de Ronsard ou peut-être seul, cette grande déambulation de la Cour. Guy Cure nous rappelle qu’il écrit un poème à l’occasion d’un tournoi qui a lieu à Bayonne le 25 juin 1565 (10). Un temps en Vendômois auprès de son ami et maître Ronsard, au prieuré de Saint-Cosme et au prieuré de Croix-Val dont il est l’éphémère bénéficiaire, Amadis rejoint la Cour. Il met plus encore sa plume au service de Charles IX et de sa mère, Catherine de Médicis, alors nommé lecteur ordinaire de la chambre, attesté comme tel en 1571, puis secrétaire du roi, en 1573. Il célèbre les événements familiaux de la famille royale, il fréquente la Cour, l’entourage royal, les salons littéraires et l’Académie royale. Adeline Lionetto met en avant les contributions connues d’Amadis aux fêtes royales : entrées royales, ballets, comédie et tournois. Ces contributions se concentrent entre les années 1573 et 1575, sa période la plus faste en ce domaine. Cette même année 1575, Amadis Jamyn publie Les Œuvres poétiques écrites sous Charles IX cependant décédé le 30 mai 1574, et dédiées alors à son successeur Henri III, « au Roy de France et de Pologne ». Plus que le roi encore, il y vénère la reine mère, célèbre sa politique prudente et mesurée avec laquelle la paix finirait par s’imposer. L’Œuvre nourrie des textes antiques, inspirée aussi des poèmes de Ronsard, est un succès et est rééditée en 1577 et 1579 ; il travaille parallèlement à la traduction de l’Illiade et de l’Odyssée. L’inventaire après décès de la bibliothèque d’Amadis, étudié par Christine Portier-Martin, montre qu’il en avait une précieuse édition en grec, les Poetae Graeci Principes Heroiciainsi, édité en 1566 par Henri Estienne. D’autres auteurs gréco-romains enrichissaient sa bibliothèque, dont le Platonis Opera, sorti aussi chez Estienne, en 1578, éditeur qu’il fréquente pour y avoir fait imprimer ses Œuvres poétiques. En 1584, Amadis publie chez un nouvel éditeur le Second Volume de ses Œuvres, dédié à Henri III. Dans ce second volume, Amadis reste au service du roi mais il s’est déjà éloigné de la Cour, lassé et désabusé sans doute d’attendre l’harmonie venir à coup de paix éphémères et répétitives, éclipsé aussi par un rival auprès du roi, Philippe Desportes, et/ou par imitation de son maître Ronsard retiré dans son Vendômois natal.  

Analysant les archives notariales parisiennes, Christine Portier-Martin montre qu’Amadis prépare son retour au pays dès les années 1579-1580, revendant offices et renonçant à des prébendes excentrées, se recentrant sur la région de Chaource. Au cours des années 1580, il accorde de nombreuses créances à des personnes de toutes conditions en Champagne méridionale, entre Mussy-l’Évêque, Arthonay et Ervy. Ses poèmes montrent qu’il s’intéresse au monde paysan, en bon seigneur du gagnage de Basly. En septembre 1580, il fait légataires universels deux de ses trois frères, Claude lieutenant général et ordinaire au bailliage de Chaource, et Gabriel, marchand, pour tous ses « biens meubles et immeubles ». Son plus jeune frère, Benjamin, n’est pas mentionné. En ces temps troublés, la division touchait de nombreuses familles, et la famille Jamyn n’y échappe pas. Patrick de Villepin aborde la question de Benjamin qu’il qualifie de « paria ». Cette rupture définitive semble se faire au cours du début des années 1580. Peu avant, tous deux étaient encore dans l’entourage de Marguerite de Valois, d’après l’album de vers manuscrit de celle-ci. Benjamin avait pris le parti du duc d’Alençon, dont il fut le secrétaire, de 1572 à 1584, un des chefs du parti des « Malcontents », allié au cours de la 5ème guerre de religion au protestant Henri de Navarre. Benjamin dût lui-même avoir des amitiés protestantes ; le poète barséquanais, Pierre Poupo lui dédie un sonnet (11). Avec la mort du duc d’Alençon, en 1584, dernier héritier au trône, et tandis qu’Henri de Navarre devient le prochain successeur à la couronne de France, la déchirure s’agrandit. Le 31 décembre 1584 est signé à Joinville la naissance de Ligue. La peur de voir un protestant prendre la couronne du royaume très chrétien plonge le royaume dans de nouvelles guerres, après quelques années d’accalmie au cours desquelles Amadis Jamyn avait regagné sa patrie natale. Au cours de ces quelques années de paix relative, avait-il pensé à un retour de l’harmonie, lui permettant de mettre forme ses projet pour sa famille et la communauté chaourçoise ? En 1582, il signe une donation pour les deux frères, Charles et Gabriel ; acte qualifié de « fondateur » par Christine Portier-Martin dans lequel Amadis précise ses intentions futures sur le devenir de ses biens dont une partie irait au bourg qui l’avait vu naître : la fondation d’un collège. Les années suivantes, Amadis travail à cette fondation par l’acquisition d’un corps de logis rue du pont, en 1584, et, en 1585, il complète celle-ci par l’achat de terrains mitoyens.

Mais déjà les armées fourbissent leurs armes tandis que la peste et la famine s’abattent sur la région. Jacques Carorguy, greffier au bailliage de Bar-sur-Seine témoigne dans ses mémoires du retour des fléaux en Champagne méridionale avec la Ligue (12). À la fin de l’année 1588, Chaource est prise par le seigneur de Praslin. Il y établit une garnison qui « courre » jusqu’à Bar-sur-Seine (13), pille les villages. Ses soldats s’emparent des voyageurs et des habitants des localités afin de les rançonner. Sous la protection de cette garnison, Chaource devient un refuge royaliste. On y trouve ainsi le procureur du roi de Troyes ou encore Claude de Dinteville, épouse de François de Cazillac. La vie à Chaource et dans le plat pays n’est pas si paisible et ne peut qu’inquiéter le seigneur de Basly. Ravages et pillages sont quotidiens dans la région. Est-ce ce contexte qui pousse Amadis Jamyn à vouloir aider la communauté de Chaource à réparer ses portes et murailles dans son testament, le 15 mai 1591 ?  En novembre 1591, après son entrée à Troyes, le duc de Guise s’empare de Bar-sur-Seine puis menace Chaource avant de s’en détourner pour aller mettre le siège devant Saint-Phal, piller et incendier le village après sa prise (14).

Ainsi, le 15 mai 1591, Amadis Jamyn rédige son testament, analysé par Christine Portier-Martin. Aspirant à la paix et à l’harmonie, mais dans un royaume catholique, il rédige ses dernières volontés pour faire la paix avec lui-même et assurer le salut de son âme au profit de la communauté. Ce salut passe comme tout bon chrétien par des messes, prières, chants et collectes. Il passe encore en bon catholique en des œuvres charitables, des œuvres cependant exceptionnelles, la fondation du collège afin d’ « instruire et faire instruire la jeunesse tant aux bons livres de la langue latine et grecque que aultres instructions ordinaires et accoustumées en un collège, » et parmi cette jeunesse douze écoliers pauvres dont l’enseignement est pris gratuitement en charge, ces douze écoliers chargés de participer aux messes et chants donnés pour son salut. Ainsi, par l’éducation humaniste de cette jeunesse et sa participation aux dévotions catholiques, ne veut-il pas instaurer l’harmonie tant espérée au sein de sa patrie à défaut du royaume ?

Amadis Jamyn aura vu naître et grandir la division toute sa vie et jusqu’à sa mort, le 5 janvier 1593. Il ne connaîtra pas la lente réduction de cette fracture, qui débute avec l’abjuration du protestantisme et le sacre d’Henri IV, et localement la révocation de la garnison de Chaource en 1594, l’entrée d’Henri VI à Troyes le 30 mai 1595 qui achevait de pacifier la région, ni l’harmonie instaurée dans le royaume par l’Édit de Tolérance signé à Nantes le 13 avril 1598, harmonie inédite car tolérant pour la première fois deux religions en un même royaume.

* * * 

(1) Reims, Presses Universitaires de Reims, 2 tomes, 1998 et 2000.

(2) Actes du colloque des 13, 14 et 15 avril 1998 rassemblés et présentés par Marie-Madeleine Fragonard et Pierre-Eugène Leroy, collection « Colloques, congrès et conférences sur la Renaissance N° 38 », Paris, Honoré Champion, 2003, réédités en 2024 par Classiques Garnier dans la collection « Colloques, congrès et conférences sur la Renaissance européenne, n° 38 ».

(3) Actes du colloque de Montiéramey et Bar-sur-Seine 24-25 avril 2003, Textes réunis par Jacky Provence, Paris, Honoré Champion, 2015, Bibliothèque d'Histoire Moderne et Contemporaine, n°47.

(4) Édition du manuscrit 2426 de la Médiathèque du Grand Troyes par Jacky Provence Bibliothèque d'Histoire moderne et contemporaine, Paris, Honoré Champion, 2011.

(5) "Jacques et Jean Colet, notables troyens et mécènes à Rumilly au XVIe siècle", Rumilly-lès-Vaudes. Son manoir, son église et ses mécènes, sous la direction de Marion boudon-Machuel et Jacky Provence, Troyes, La Vie en Champagne, 2016 (Arch. dép. Aube, BP 4208).

(6) Par ailleurs, ce contexte de montée des violences et ces violences elles-mêmes à l’échelle régionale avaient fait l’objet d’études et de publications par mes soins dont : brochure « Bar-sur-Seine au temps des Guerres de Religion », Patrimoine barséquanais, texte de la conférence donnée à Bar-sur-Seine le 26 novembre 1998 (Arch. dép. Aube, 579 PL 1) ; « Se défendre dans le Barséquanais pendant les Guerres de Religion », Actes du colloque Se défendre en Champagne-Ardenne à travers les siècles tenu à Sedan les 6 et 7 juin 2002, Centre d’Études Champenoises et CERHC Université de Reims-Champagne-Ardenne ; La Saint Barthélemy Barséquanaise, 23 août 1562, conférence donnée à Bar-sur-Seine le 23 août 2002 ; « Les pratiques religieuses populaires face à la morale réformée de Nicolas Pithou », Dévotions populaires. Actes du colloque (tenu à Reims les 25-27 avril 2002) sous la direction de Michel Tamine, CERHC et CEPLECA, Université de Reims-Champagne-Ardenne, Editions Dominique Guéniot, 2008, p.415-433 (Arch. dép. Aube BP 3708)  ; « Miracle ou imposture ? Les événements autour de la Belle-Croix de Troyes au prisme de Nicolas Pithou et Claude Haton », Actes du colloque Claude Haton en son temps, Provins – Hôtel-Dieu, 10 et 11 octobre 2009, Provins, SHAAP, 2009, p.115-134 (Arch. dép. Aube HB 3424).

(7) Nicolas Pithou de Chamgobert, Chronique de Troyes et de la Champagne durant les guerres de Religion (1524-1594), édition par P.-E. Leroy, PUR, 1998, Tome I, p. 491.

(8) Ibid., 2000, Tome II, p. 481-482.

(9) Ibid., 2000, Tome II, p. 909.

(10) Guy Cure, Amadis Jamyn, un poète et savant champenois au temps des guerres de Religion, éd. Liralest – Editions Dominique Guéniot, 2021, p. 35.

(11) Pierre Poupo, La Muse Chrestienne, texte établi, présenté et annoté par Anne Mantero, Paris, Société des Textes Français Modernes, 1997, p. 353.

(12) Jacques Carorguy, Recueil des choses les plus mémorables advenues dans le royaume de France (1582-1595), éd. Jacky Provence, Paris, Honoré Champion, Bibliothèque d’histoire moderne et contemporaine n°34, 2011.

(13) Ibid., p. 56.

(14) Ibid., p. 118.




samedi 8 mai 2021

Le Sépulcre de Chaource. Une œuvre, un maître

 Tel est le titre de la dernière publication du Centre Pithou, sous ma direction, éditée aux éditions Faton et sortie en cette fin avril 2021. 

Éditions Faton, Dijon, 2021 (ISBN : 978-2-87844-286-1)

 La chapelle du Sépulcre de l’église Saint-Jean-Baptiste de Chaource abrite l’une des Mises au Tombeau les plus remarquables tant par la qualité exceptionnelle de sa sculpture que par le contexte spatial dans lequel elle est mise en scène ; contexte architectural, invitant le fidèle à une véritable démarche spirituelle, l’obligeant à se courber pour y entrer comme s’il entrait au Saint-Sépulcre de Jérusalem ; contexte décoratif, ornée de peintures murales qui enrichit l’espace d’une spiritualité jusqu’à présent peu relevée. Cette Mise au tombeau, datée de 1515, donne son surnom à l’artiste qui l’a sculptée reconnue comme son œuvre magistrale : le « Maître de Chaource », à qui on attribue les plus belles sculptures du début du XVIe siècle en Champagne méridionale.

 Le Sépulcre de Chaource. Une œuvre, un maître est un volume de 322 pages comportant 152 illustrations (150 photographies, une carte et un plan). Il réunit les contributions revues et augmentées de spécialistes qui étaient intervenus au cours du colloque « Le Sépulcre de Chaource et son maître : 500 ans d’éternité », qui s’était tenu à Chaource les 26 et 27 juin 2015 à l’occasion du 500e anniversaire du Sépulcre, organisé en partenariat entre le Centre troyen de recherche et d’études Pierre et Nicolas Pithou (Centre Pithou) et la Commune de Chaource. Il enrichit par des regards croisés d’historiens et historiens de l’art, forts de nouvelles recherches et études, la connaissance de cette œuvre et lui offre de nouvelles perspectives. Ainsi la chapelle du Sépulcre de l’église Saint-Jean-Baptiste de Chaource et l’imagier qui en a réalisé les groupes sculptés, le maître de Chaource, sont étudiés au travers divers contextes, tant politiques qu’architecturaux, artistiques et spirituels, renouvelant l’image et la compréhension de cet ensemble des plus exceptionnels.

 Table :

Avant-propos, Jean Pouillot, Maire de Chaource  

Introduction, Guy Cure        

Actes du colloque

Guy Cure, Pierre E. Leroy & Jacky Provence, La chapelle du Sépulcre en son église.                      

Geneviève Bresc-Bautier, Le pèlerinage de Jérusalem et les chapelles de mémoires       

Marion Boudon-Machuel, Regards de la Passion : la Mise au tombeau de Chaource   

Clara André, De la chapelle du Sépulcre (1515) à la chapelle Saint-Georges (1548) : des peintures murales au service d’une famille de grands seigneurs, les de Monstier

Guy Cure, Les donateurs du Sépulcre : Jaqueline de Laignes et Nicolas de Monstier 

Testament de dame Jaquelyne de Laignes fondatrice du Sepulchre en l’eglise de Chaource portant la fondation de la Chapelle du sepulchre      

Pierre E. Leroy, Le Sépulcre de Chaource : les cohérences d’une œuvre devenue emblématique                                  

Annexe. Espace sacré, occupation cléricale et laïque         

Texte de la Coutume [du Baillage] de Troyes avec les commentaires de Me Louis Legrand, Conseiller au Présidial de Troyes… troisième édition, Paris, Montalant, 1715, 2 vol. t. I.                                                                                          

Chantal Rouquet & Amélie Métivier, Le Christ en croix de Saint-Urbain de l’atelier du Maître de Chaource au musée de Vauluisant          

Jacky Provence, Le Maître de Chaource face aux sources ; une énigme revisitée

Jacques Bachot et les œuvres datées du Maître de Chaource. Nouvelle chronologie 

Yves-Marie Bercé, Conclusion des actes du colloque

Ouverture spirituelle et philosophique 

Dominique Roy, La Mise au Tombeau de Chaource : une entrée dans la Résurrection     

Pierre E. Leroy, Visages du Christ, sens de la Passion         

Jean-Paul Fosset, De la Création du mystère… au mystère de la Création. Imaginaire et Réel dans l’Art. La Mise au tombeau de Chaource                                     

Les auteurs : 

Clara André, titulaire du master professionnel « Expertise et Protection du Patrimoine culturel et textuel » du Centre universitaire de Troyes et membre du Groupe de recherches sur la peinture murale, s’est spécialisée dans l’étude des peintures murales en Champagne méridionale. Elle a publié en particulier Les peintures murales du XVIe siècle dans les églises de la Champagne méridionale (2008)

Yves-Marie Bercé est professeur émérite d'histoire moderne à l’université Paris-Sorbonne, directeur honoraire de l'École des chartes et membre de l’Institut de France.

Marion Boudon-Machuel est professeure en histoire de l’art au Centre supérieur de la Renaissance de l’université de François-Rabelais de Tours. Elle a publié de nombreux articles sur la sculpture française, italienne et flamande des XVIe et XVIIe siècles. Elle est l’auteure de l’ouvrage Des âmes drapées de pierre. Sculpture en Champagne à la Renaissance (2017).

Geneviève Bresc-Bautier, Archiviste paléographe avec une thèse intitulée Le Saint-Sépulcre de Jérusalem et l'Occident au Moyen Âge, Conservateur général du Patrimoine honoraire, directrice honoraire du département des sculptures du musée du Louvre, elle est spécialiste de la sculpture de l'époque moderne et en particulier de la Renaissance.

Guy Cure est vice-président du Centre Pithou et membre résident de la Société académique de l’Aube. Il est spécialiste de l’histoire de Chaource plus particulièrement au XVIe siècle.

Jean-Paul Fosset est écrivain. Il a publié un roman intitulé Le Maître de Chaource (2010)

Pierre-Eugène Leroy, Maître de conférences honoraire au Collège de France, est l’auteur d'ouvrages historiques et dramatiques sur Troyes et la Champagne. Il a publié Sculptures en Champagne au XVIe siècle. 300 chefs-d’œuvre de la statuaire en Champagne méridionale (2010)

Amélie Méthivier, diplômée d’un master professionnel des biens culturels, sculpture : pierre, plâtre, bronze historique, est conservatrice-restauratrice de sculptures.

Jacky Provence, agrégé d’histoire, est président du Centre Pithou et membre associé de la Société académique de l’Aube. Il a effectué de nombreuses recherches sur Troyes et la Champagne méridionale aux XVe et XVIe siècle et tout particulièrement sur le monde des artistes de cette époque.

Chantal Rouquet est Conservateur en chef du patrimoine, directrice adjointe honoraire des musées de Troyes, chargée des collections anciennes.

Dominique Roy est Recteur de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Troyes, Conservateur ecclésiastique du Trésor et membre résident de la Société Académique de l’Aube. Il est l’auteur du livre Chaource. « Celui que mon cœur aime » (1993)


jeudi 3 mai 2018

Entre Moyen-Âge et Renaissance : le "grand remplacement" nobiliaire en Champagne méridionale


 Suite de https://troyes-champagnemeridionale.blogspot.fr/2018/04/la-champagne-meridionale-entre-1477-et.html

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Extrait revu et corrigé de la conférence « Le Beau XVIe siècle à Troyes et en Champagne méridionale. La  renaissance d’un pays » donnée le 9 novembre 2010 à la DRAC de Châlons-en-Champagne.

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   Vers 1200, Michel Belotte comptait pour le comté de Bar-sur-Seine un seigneur par village sauf ceux tenus par des seigneuries ecclésiastiques : sur 117 villages des confins burgondo-champenois qui faisaient l’objet de l’enquête il recensait une soixantaine de familles nobles (certaines se divisant en plusieurs branches : Chappes, Chacenay…).

   Au début du XIVe, il ne subsistait que vingt-cinq de ces familles et en 1400 plus que cinq. Seule la famille de Ville-sur-Arce parvenait de façon certaine à dépasser le seuil des années 1500. Les anciennes lignées s’étaient effacées au cours de ces trois siècles ; guerres et épidémies avaient eu raison de la majeure partie de ces familles.

    Cet effacement fut aussi le fait de leur ruine et de la vente de nombreuses seigneuries à des familles étrangères à la région, en particulier à des Bourguignons, ou le mariage de la dernière héritière avec un de ces seigneurs. Ainsi la famille de Chappes disparut vers 1376 ; Marguerite de Chappes, dernière héritière, s'était mariée à Pierre de Montagu, sire de Mâlain, chambellan du roi de France et du duc de Bourgogne. Ils vendirent vers 1396 à un autre bourguignon la seigneurie de Chappes :  Pierre d’Aumont, premier chambellan du duc Philippe le Hardi

Château de Chappes d'après Claude de Chastillon
   Erard Ier acheta la seigneurie de Polisy en 1321, qu'il laissa à son frère Jean. La famille poursuivit rapidement son expansion en Champagne méridionale.
   Jean de Blaisy, chevalier et chambellan du duc de Bourgogne acheta en 1391 d’Isabelle de Saint-Phal la terre de Villiers le Bois et ses biens à Etourvy
  A Chacenay, Aimé de Choiseul, conseiller et chambellan du duc Jean Sans Peur, épousa l’héritière, Claude de Grancey au début du XVe siècle ; celle-ci, en premières noces avait épousé Pierre d'Aumont, oncle de Jacques d'Aumont, sire de Chappes.  

Château de Chacenay, les Tours Sainte-Parise, porte méridionale de l'enceinte.  
   
Des héritières de familles ruinées avaient même pu épouser des roturiers ; ainsi  Jean Pate de Vougrey vendit une partie des terres de sa femme, de noble naissance. 
   D’autres lignées anciennes, sans complètement disparaître s’effacèrent sans que l’on ne sache ce qu’elles devinrent. Ainsi se substituaient à elles de nouvelles lignées seigneuriales. 
   On assista à une véritable colonisation bourguignonne, sous la protection des ducs. 
   Les ducs de Bourgogne installèrent des capitaines dans les principales places fortes de la région :
   - Jean de Dinteville à Bar-sur-Seine ;
   - Jacques d’Aumont, chambellan, à Chappes ;
   - La famille de Monstier prit en leur nom la défense de Chaource.
  
   D’autre part s’installèrent des familles venant de Lorraine ou du Nord : 
   - Les Créqui, famille d’origine Picarde s’implantèrent aux Riceys ;
   - Les Lenoncourt, branche cadette d’un des quatre « grands chevaux » de Lorraine, s’installèrent à Marolles-les-Bailly par détournement d’héritage. Solidement installée dans cette région, la famille donna quatre baillis à Bar-sur-Seine. La branche aînée donna de puissants ecclésiastiques dont deux cardinaux et un archevêque de Reims, Robert de Lenoncourt, qui couronna François Ier en 1515. 

Robert de Lenoncourt dans la tapisserie de la Présentation de la Vierge.
Il fut un grand mécène : il fit réédifier le portail de la basilique Saint-Remi ainsi que le tombeau du saint et la dota d'une série de tapisseries représentant la vie du saint. 

   A la disparition de Charles le Téméraire, ces nouvelles familles qui s’étaient rapidement et solidement implantées allaient rallier la cause royale et bénéficier de ses faveurs. Ainsi les Lenoncourt dans la région de Bar-sur-Seine, et plus encore celle des Dinteville. Jean III avait été bailli de Bar et de Troyes pour le duc de Bourgogne et le roi d’Angleterre ; son fils Claude exerça la même charge à Bar-sur-Seine. Il avait été surintendant des finances du duc de Bourgogne, conseiller et chambellan de Philippe Le Bon puis de Charles le Téméraire. Mort devant Nancy en 1477 aux côtés de ce dernier, il eut quatorze enfants. 
    Ralliés au roi de France, Louis XI, certains de ses fils auront ses faveurs : 
    -  Jacques, seigneur des Chesnets, Commarin, comte usufruitier et bailli de Bar-sur-Seine, capitaine de Beaune ;
   - Guillaume devint abbé de Montiéramey, siège repris ensuite par son cousin, Joachim puis son frère François, évêque d’Auxerre (1514-1530).
   - Gaucher Ier, seigneur de Dinteville, des Chesnets, de Polisy, Foolz, Bourguignons, Thennelières, Laubressel, Vanlay, Vallières, connu la plus belle ascension. Avec Philibert de Choiseul, il avait été un des rares nobles champenois à accompagner le roi en Italie. Entré très jeune au service de Louis XI puis à celui de François Ier, il avait cumulé de nombreuses charges tant en Champagne qu’à la Cour ; il y avait été le gouverneur du Dauphin François. Ses fils poursuivirent cette ascension familiale : 
   - François II, abbé de Montiéramey et Montier-la-Celle,ambassadeur de François Ier à Rome (1531-1532) et évêque d'Auxerre (1530-1554). 
   - Jean IV de Dinteville de 1522 à 1554, devint gouverneur de Charles duc d’Orléans ; il fut nommé ambassadeur en Angleterre en 1531, mort à Polisy en 1555 ; il était bailli de Troyes. C’est lui qui fit venir le Primatice et Dominique Florentin à Polisy pour l’édification de son château, écrin pour le célèbre tableau qu'il commanda à Hans Holbein.

Les Ambassadeurs de Hans Holbein le Jeune, 1533
double portrait de Jean de Dinteville et Georges de Selve
Londres, National Gallery 


   - Guillaume fut gentilhomme de la Chambre du roi, capitaine de Langres, gouverneur du Bassigny et bailli de Troyes ; 
  - Gaucher II, seigneur de Vanlay, de Vallières, Bourguignons, Laubressel fut capitaine de Bar-sur-Seine, gentilhomme de la Chambre du duc d'Orléans. En 1538, il s'exila en disgrâce à Venise. Il épousa en 1544 Louise de Coligny.

  Toutes ces familles nobles deviendront d’importants mécènes à la fin du XVe siècle et au cours du XVIe, comme par exemple :
   - Les de Monstier auxquels nous pouvons associer la mise au tombeau de Chaource : la chapelle sépulcrale de deux donateurs, Nicolas de Monstier, capitaine de Chaource, et Jacqueline de Laignes, sa femme qui se sont fait représenter priant.

Nicolas de Monstier et Jacqueline de Laignes
Chapelle du Sépulcre, église de Chaource


  - La famille de Dinteville, protectrice et mécène d'artistes, dont Dominique Florentin ou le sculpteur barséquanais Claude Bornot.

   Ces familles ont joué un rôle important dans le mécénat et la diffusion de l’art de la renaissance en Champagne méridionale.


Sources et bibliographie : 
  • Michel Belotte, La région de Bar-sur-Seine à la fin du Moyen-Âge, du début du XIIIe siècle au milieu du XVIe siècle. Étude économique et sociale, thèse, université de Dijon, 1973.
  • Laurent Bourquin, Noblesse seconde et pouvoir en Champagne aux XVIe et XVIIe siècles, Paris, Publications de la Sorbonne, 1994.

samedi 18 mars 2017

Et les églises devinrent blanches...


« C’était comme si le monde entier se libérait, rejetant le poids du passé 
et se revêtait d’un blanc manteau d’églises. »

Est-ce à la suite de cette très célèbre citation de Raoul Glaber, si souvent répétée, que nous avions pris l’habitude de penser que nos églises étaient blanches ? Ce moine, né en 985 en Bourgogne et mort après 1047, chroniqueur de l'an Mil, commentait de la sorte, et sans aucun doute de façon métaphorique, la fièvre bâtisseuse qui avait frappé l’occident : 

« Trois années n’étaient pas écoulées dans le millénaire que, à travers le monde entier, et plus particulièrement en Italie et en Gaule, on commença à reconstruire les églises, bien que pour la plus grande part celles qui existaient aient été bien construites et tout à fait convenables. Il semblait que chaque communauté chrétienne cherchait à surpasser les autres par la splendeur de ses constructions. »

Et pourtant, ces églises n’étaient- elles pas peintes ?

La redécouverte de la polychromie sur les façades comme à l’intérieur des églises remonte à quelques décennies. Sondages et mises en valeur prirent une dimension quasi systématique lors de restaurations lorsque Jean-Michel Musso, architecte en chef des monuments historiques, eut la charge des départements de l’Aube, de la Haute-Marne et de la cathédrale de Reims entre 1979 et 1998.

Matei Lazarescu a montré l’intérêt de tels sondages à la chapelle templière d’Avalleur.

L’église de Chaource est un très bel exemple et offre une variété de ces peintures murales entre le XIIIe siècle, décor simple soulignant l’architecture du chœur d’inspiration cistercienne, et le XVIe siècle, avec sa peinture généalogique unique, dans la chapelle des Monstier, ou encore les peintures complétant le programme ornemental de la chapelle du Sépulcre.

Chaource, décor peint du chœur 
Chaource, chapelle des Monstier (détail)

Chaource, décor de la voûte du Sépulcre (détail)

Combien d’églises, aujourd’hui, redécouvrent ces décors trop longtemps oubliés ?

Dans un mémoire de Master, suivi de différents articles, Clara André a mis en valeur ce patrimoine unique, mais fragile et menacé [1]. Il suffit de visiter l’église de Bar-sur-Seine pour s’en rendre compte. Dans certaines chapelles, les désordres de la structure architecturale ont provoqué d’importantes infiltrations. L’humidité a « lavé » le badigeon laissant apparaître sur les voûtains des peintures jusque-là masquées mais condamnés de ce fait à la disparition sans intervention.

Bar-sur-Seine, décor peint révélé par l'humidité

De quand datent ces badigeons ?

Au hasard d’explorations dans les archives et plus particulièrement dans les registres de l’église Saint-Rémi de Troyes, je suis tombé sur une mention fort intéressante et permettant de nous renseigner sur ce sujet.  

L’an 1782, le 21 avril, à l’issue de la grande messe, le conseil de la fabrique se réunit. Deux peintres italiens lui furent présentés : Carlo Branca et Polini. Ceux-ci, après avoir examiné l’église, proposèrent de la reblanchir « en couleur de pierre, de la regrayer, repeindre les saints de la même manière », comme cela avait été fait en l’église Saint-Pierre (la cathédrale). Le travail serait rémunéré 450 livres tournois à la réception des ouvrages qui devaient se terminer dans les trois mois.  

Le 1er mai 1782, les deux peintres faisaient savoir qu’ils renonçaient à réaliser ce travail par crainte de plaintes et oppositions de la communauté des maîtres torcheurs de la ville. Le sieur Jean Dominique, maître maçon en plâtre, accepta aussitôt de reprendre le marché qui avait été fait aux deux italiens.

Ainsi, il semblerait que la cathédrale ait donné l’exemple dans le blanchiment de son intérieur, « avec les saints », c'est-à-dire les statues qui l’ornaient.

Resterait à vérifier dans les registres de la fabrique de la cathédrale et dans d’autres registres si le blanchiment des églises fut général à partir de cette date.

Affaire à suivre...

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[1] Clara André, petite bibliographie :

Les peintures murales du XVIe siècle dans les églises de la Champagne méridionale. Caractéristiques et identité, Mémoire de master professionnel Expertise et Protection du Patrimoine culturel et textuel, Centre universitaire de Troyes, 2007.

Les peintures murales du XVIe siècle dans les églises de la Champagne méridionale – Circuit découverte, 2008.

Les peintures murales de l’Aube : panorama des décors peints de nos églises du XIIe au XXe siècle, édité par l’Académie Troyenne d’Études Cartophiles (ATEC), novembre 2013.

« Bilan historiographique des peintures murales dans l’Aube », La Vie en Champagne, n° 79, 2014, p. 4-13.

« Avirey-Lingey : redécouverte et renaissance des peintures murales de l’église Saint-Phal », La Vie en Champagne, n° 79, 2014, p. 66-72.


dimanche 20 décembre 2015

Le Sépulcre de Chaource, 1515 : la vidéo

Le Sépulcre de Chaource 1515


Cliquer sur l'image

Scénario :
Guy Cure
Jacky Provence

Texte :
Guy Cure
Pierre-Eugène Leroy
Jacky Provence

Image :
Corto Layus
Thibaud Provence

Son :
Thibaud Provence

Musique :
"Orgues de Chaource" - Géraud Guillemaud

Voix :
Pierre-Eugène Leroy

Montage de préfiguration :
Arnaud Rollin

Montage Final :
Thibaud Provence

Encadrement :
WEB3-DESIGN


Lien : https://www.youtube.com/watch?v=TBYCQCofV58

Production : Commune de Chaource - Centre Pithou


vendredi 30 décembre 2011

Des modèles ornementaux du XVIe siècle au service de la rénovation de maisons en pans de bois à Troyes


N°51 rue Émile Zola, Troyes

  À la fin de l’été 2002 était achevée la restauration-rénovation d’un ensemble de deux maisons aux numéros 51 et 53 de la rue Émile Zola de Troyes. Leur état avait suscité un travail intéressant de rénovation-création conduite par l’architecte André Colomès et mise en œuvre par les « Charpentiers de Troyes » d’Erwin Schriever

Rez-de-chaussée du 51 rue Émile Zola

 Sous l’habillage du rez-de-chaussée, les charpentiers avaient fait une découverte : les restes d’une ancienne porte gothique du XVIe siècle. N’ayant pu être reconstituée, les vestiges étant insuffisants pour lui redonner sa forme originale, une nouvelle porte fut conçue par les soins d'Anthony Carreras, de l’Agence des Bâtiments de France de Troyes, s’inspirant d’une autre encore existante au n°27 de la rue Raymond Poincaré, réalisée par le sculpteur sur bois Jacques Chéreau

Portes gothiques au 51 rue Émile Zola et au 27 rue Raymond Poincaré

  Les restaurateurs ont demandé à ce même sculpteur de tailler sur la poutre au-dessus de la vitrine au n°51 de la rue Émile Zola un décor inédit, à ce jour inconnu à Troyes mais répandu en France, une corde tenue à chaque bout par la gueule d’un loup, ou engoulant
  En architecture, l'engoulant est la sculpture d'une tête monstrueuse (dragon, griffon, loup, chien...) à l'extrémité d'une poutre ou d'une colonne et qui semble avaler cette dernière. C’est un ornement ancien, remontant à l’époque romane. 
 Existait-il des exemples autrefois à Troyes ? Rien ne permet de l'affirmer, mais il n'est pas incohérent dans une rénovation inspirée des maisons du XVIe siècle.

Dessus de vitrine au n°51 de la rue Émile Zola de Troyes

Un loup "engoulant" au n°51 de la rue Émile Zola

  L’engoulant n’est pas absent de la région. Il existe plusieurs cas exemples d’engoulants, les plus remarquables se situant sans doute à Chaource. La première maison au sud des "allours" de la place du marché, au chevet de l’église, offre un riche décor sculpté sur les sablières : engoulants multiples avalent moulures et sarments de vigne desquels pendent des grappes de raisins, autre décor dont il ne restait pas d'exemples à Troyes et qui fut sculpté en 2006 sur les sablières d’une maison sur place du Marché au Pain, cette maison reconstruite en double encorbellement par le charpentier Jean-Louis Valentin. Cependant la ville a gardé la mémoire de l'existance d'une maison dont la sablière était sculptée d'une vigne et de raisins, la rue du Gros Raisin, donnant son nom, par ailleurs au quartier. A la fin du XVe siècle et au début du XVIe, le curé Jacques Collet y habitait. Elle fut détruite lors du grand incendie de 1524.

Troyes, maison place du Marché au Pain

  On trouve dans les sarments des sablières de la maison chaourçoise d’autres ornements tels que des petits médaillons avec portraits masculins et féminins, et de petits animaux tout droit sortis d’un bestiaire médiéval, motifs que l'on peut retrouver dans les voussures flamboyantes des portails des églises de la région.

Les allours de la place du marché de Chaource

Une sablière avec engoulants et sarment de vigne

Engoulants d'une sablière, détail

   Un inventaire complet et une  étude de l'ornementation sculptée sur les pans de bois serait nécessaire, faisant la part de ce qui est récent et de ce qui est authentique afin d’éviter toutes confusions, et conclusions hâtives et hasardeuses. 

Détail du décor d'une sablière, allours de Chaource.