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jeudi 3 mai 2018

Entre Moyen-Âge et Renaissance : le "grand remplacement" nobiliaire en Champagne méridionale


 Suite de https://troyes-champagnemeridionale.blogspot.fr/2018/04/la-champagne-meridionale-entre-1477-et.html

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Extrait revu et corrigé de la conférence « Le Beau XVIe siècle à Troyes et en Champagne méridionale. La  renaissance d’un pays » donnée le 9 novembre 2010 à la DRAC de Châlons-en-Champagne.

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   Vers 1200, Michel Belotte comptait pour le comté de Bar-sur-Seine un seigneur par village sauf ceux tenus par des seigneuries ecclésiastiques : sur 117 villages des confins burgondo-champenois qui faisaient l’objet de l’enquête il recensait une soixantaine de familles nobles (certaines se divisant en plusieurs branches : Chappes, Chacenay…).

   Au début du XIVe, il ne subsistait que vingt-cinq de ces familles et en 1400 plus que cinq. Seule la famille de Ville-sur-Arce parvenait de façon certaine à dépasser le seuil des années 1500. Les anciennes lignées s’étaient effacées au cours de ces trois siècles ; guerres et épidémies avaient eu raison de la majeure partie de ces familles.

    Cet effacement fut aussi le fait de leur ruine et de la vente de nombreuses seigneuries à des familles étrangères à la région, en particulier à des Bourguignons, ou le mariage de la dernière héritière avec un de ces seigneurs. Ainsi la famille de Chappes disparut vers 1376 ; Marguerite de Chappes, dernière héritière, s'était mariée à Pierre de Montagu, sire de Mâlain, chambellan du roi de France et du duc de Bourgogne. Ils vendirent vers 1396 à un autre bourguignon la seigneurie de Chappes :  Pierre d’Aumont, premier chambellan du duc Philippe le Hardi

Château de Chappes d'après Claude de Chastillon
   Erard Ier acheta la seigneurie de Polisy en 1321, qu'il laissa à son frère Jean. La famille poursuivit rapidement son expansion en Champagne méridionale.
   Jean de Blaisy, chevalier et chambellan du duc de Bourgogne acheta en 1391 d’Isabelle de Saint-Phal la terre de Villiers le Bois et ses biens à Etourvy
  A Chacenay, Aimé de Choiseul, conseiller et chambellan du duc Jean Sans Peur, épousa l’héritière, Claude de Grancey au début du XVe siècle ; celle-ci, en premières noces avait épousé Pierre d'Aumont, oncle de Jacques d'Aumont, sire de Chappes.  

Château de Chacenay, les Tours Sainte-Parise, porte méridionale de l'enceinte.  
   
Des héritières de familles ruinées avaient même pu épouser des roturiers ; ainsi  Jean Pate de Vougrey vendit une partie des terres de sa femme, de noble naissance. 
   D’autres lignées anciennes, sans complètement disparaître s’effacèrent sans que l’on ne sache ce qu’elles devinrent. Ainsi se substituaient à elles de nouvelles lignées seigneuriales. 
   On assista à une véritable colonisation bourguignonne, sous la protection des ducs. 
   Les ducs de Bourgogne installèrent des capitaines dans les principales places fortes de la région :
   - Jean de Dinteville à Bar-sur-Seine ;
   - Jacques d’Aumont, chambellan, à Chappes ;
   - La famille de Monstier prit en leur nom la défense de Chaource.
  
   D’autre part s’installèrent des familles venant de Lorraine ou du Nord : 
   - Les Créqui, famille d’origine Picarde s’implantèrent aux Riceys ;
   - Les Lenoncourt, branche cadette d’un des quatre « grands chevaux » de Lorraine, s’installèrent à Marolles-les-Bailly par détournement d’héritage. Solidement installée dans cette région, la famille donna quatre baillis à Bar-sur-Seine. La branche aînée donna de puissants ecclésiastiques dont deux cardinaux et un archevêque de Reims, Robert de Lenoncourt, qui couronna François Ier en 1515. 

Robert de Lenoncourt dans la tapisserie de la Présentation de la Vierge.
Il fut un grand mécène : il fit réédifier le portail de la basilique Saint-Remi ainsi que le tombeau du saint et la dota d'une série de tapisseries représentant la vie du saint. 

   A la disparition de Charles le Téméraire, ces nouvelles familles qui s’étaient rapidement et solidement implantées allaient rallier la cause royale et bénéficier de ses faveurs. Ainsi les Lenoncourt dans la région de Bar-sur-Seine, et plus encore celle des Dinteville. Jean III avait été bailli de Bar et de Troyes pour le duc de Bourgogne et le roi d’Angleterre ; son fils Claude exerça la même charge à Bar-sur-Seine. Il avait été surintendant des finances du duc de Bourgogne, conseiller et chambellan de Philippe Le Bon puis de Charles le Téméraire. Mort devant Nancy en 1477 aux côtés de ce dernier, il eut quatorze enfants. 
    Ralliés au roi de France, Louis XI, certains de ses fils auront ses faveurs : 
    -  Jacques, seigneur des Chesnets, Commarin, comte usufruitier et bailli de Bar-sur-Seine, capitaine de Beaune ;
   - Guillaume devint abbé de Montiéramey, siège repris ensuite par son cousin, Joachim puis son frère François, évêque d’Auxerre (1514-1530).
   - Gaucher Ier, seigneur de Dinteville, des Chesnets, de Polisy, Foolz, Bourguignons, Thennelières, Laubressel, Vanlay, Vallières, connu la plus belle ascension. Avec Philibert de Choiseul, il avait été un des rares nobles champenois à accompagner le roi en Italie. Entré très jeune au service de Louis XI puis à celui de François Ier, il avait cumulé de nombreuses charges tant en Champagne qu’à la Cour ; il y avait été le gouverneur du Dauphin François. Ses fils poursuivirent cette ascension familiale : 
   - François II, abbé de Montiéramey et Montier-la-Celle,ambassadeur de François Ier à Rome (1531-1532) et évêque d'Auxerre (1530-1554). 
   - Jean IV de Dinteville de 1522 à 1554, devint gouverneur de Charles duc d’Orléans ; il fut nommé ambassadeur en Angleterre en 1531, mort à Polisy en 1555 ; il était bailli de Troyes. C’est lui qui fit venir le Primatice et Dominique Florentin à Polisy pour l’édification de son château, écrin pour le célèbre tableau qu'il commanda à Hans Holbein.

Les Ambassadeurs de Hans Holbein le Jeune, 1533
double portrait de Jean de Dinteville et Georges de Selve
Londres, National Gallery 


   - Guillaume fut gentilhomme de la Chambre du roi, capitaine de Langres, gouverneur du Bassigny et bailli de Troyes ; 
  - Gaucher II, seigneur de Vanlay, de Vallières, Bourguignons, Laubressel fut capitaine de Bar-sur-Seine, gentilhomme de la Chambre du duc d'Orléans. En 1538, il s'exila en disgrâce à Venise. Il épousa en 1544 Louise de Coligny.

  Toutes ces familles nobles deviendront d’importants mécènes à la fin du XVe siècle et au cours du XVIe, comme par exemple :
   - Les de Monstier auxquels nous pouvons associer la mise au tombeau de Chaource : la chapelle sépulcrale de deux donateurs, Nicolas de Monstier, capitaine de Chaource, et Jacqueline de Laignes, sa femme qui se sont fait représenter priant.

Nicolas de Monstier et Jacqueline de Laignes
Chapelle du Sépulcre, église de Chaource


  - La famille de Dinteville, protectrice et mécène d'artistes, dont Dominique Florentin ou le sculpteur barséquanais Claude Bornot.

   Ces familles ont joué un rôle important dans le mécénat et la diffusion de l’art de la renaissance en Champagne méridionale.


Sources et bibliographie : 
  • Michel Belotte, La région de Bar-sur-Seine à la fin du Moyen-Âge, du début du XIIIe siècle au milieu du XVIe siècle. Étude économique et sociale, thèse, université de Dijon, 1973.
  • Laurent Bourquin, Noblesse seconde et pouvoir en Champagne aux XVIe et XVIIe siècles, Paris, Publications de la Sorbonne, 1994.

mardi 21 décembre 2010

Dominique Florentin, artiste de la Renaissance

Ce texte est un résumé revu et corrigé de l'article "Dominique Florentin, un état de la question" publié dans La Vie en Champagne, n° 43 de juillet-septembre 2005, p.55-65.


La Vierge et saint Jean du Calvaire
par Dominique Florentin pour le jubé de Saint-Etienne de Troyes
groupe sculpté conservé au musée du Vauluisant, Troyes

Appelé selon les sources Domenico del Barbieri, Domenico del Barbiere, Domenico Fiorentino et encore sous diverses formes Dominique Rycouvry ou Ricovery, Dominique Florentin serait né à Florence ou sa région entre 1501 et 1506, et mort à Troyes à une date encore indéterminée, au tout début des années 1570. La tradition rapporte qu’il a été inhumé en l’église Saint-Pantaléon, la paroisse où il résidait, près de la chapelle Saint-Jacques ; sa sépulture serait marquée par deux pals en sautoir gravés sur un carreau.

Selon la tradition, c'est sous cette pierre qu'aurait été enseveli
Dominique Florentin
 La même tradition voit dans le Saint Jacques de cette même église un autoportrait. Cependant, aucune source ne permet de lui attribuer cette œuvre et de confirmer cette tradition. 

Saint Jacques de l'église Saint-Pantaléon de Troyes
À l'origine, cette statue était posée dans le retable de la chapelle Saint-Jacques

Cet artiste italien, polyvalent, connu comme stucateur, graveur, peintre et sculpteur sur le chantier de Fontainebleau ou pour le compte des Dinteville ou des Guise, a influencé l’Art de la Renaissance à Troyes. Sa réputation fut telle que les auteurs dès le XVIIIe siècle, tels Pierre-Jean Grosley, lui attribuèrent la majeure partie des œuvres classiques restées anonymes ou non attribuées à d’autres.

Les premières mentions de l'artiste en France

Un courant historiographique, repris par des auteurs très récents, voudrait voir arriver Dominique Florentin à Troyes dans les années 1530, et c'est de Troyes, accompagné de troyens, qu'il se serait rendu à Fontainebleau. Cependant une telle affirmation ne peut s’appuyer sur aucune source et reste une hypothèse bien fragile. En effet, les premières mentions connues de la présence en France de Dominique Florentin sont contenues dans les comptes des bâtiments du roi, sur le chantier de Fontainebleau. Il y est présent entre 1537 et 1540 et y effectue plusieurs campagnes. Pour constituer des équipes de travail, Rosso Fiorentino et Le Primatice avaient fait appel à un certain nombre de leurs compatriotes, sans doute parmi lesquels Dominique Florentin, renforcés d’équipes françaises, dont un contingent d’artistes et artisans de Troyes, avec lesquels il se lia d'amitié.

À Troyes, Dominique Florentin figure pour la première fois dans les archives en 1541. Il est parrain du fils du peintre Pierre Pothier. Cependant cet événement ne prouve en aucune façon qu’il réside à Troyes à cette date, tout juste qu’il s’y rend à cette époque. Mais cette mention illustre les relations étroites et d’amitié qu’il a nouées avec les troyens sur le chantier de Fontainebleau, et en particulier avec les membres de la famille Pothier dont François, Jehan et Colin. C’est à partir de 1543 que l’on trouve la preuve de sa domiciliation à Troyes. Dominique Florentin habite une maison qui lui vient de sa femme dans le quartier Saint-Pantaléon, rue de Montpellier. Ce n’est qu’à partir de 1548 qu'il figure dans les registres d’imposition de la ville. Il avait épousé Colette Valone ou Valon, à une date indéterminée, entre 1537 et 1543. Elle était veuve de Maurice Favreau, maître maçon à Troyes.

Un artiste travaillant au service du roi de France

À Fontainebleau Dominique Florentin aurait travaillé aux fresques de la Galerie François Ier dont la décoration était sous la responsabilité de Rosso Fiorentino. Est-ce lui qui le fit venir à Fontainebleau ? Tous deux sont originaires de la même région, Florence, nom qu’ils portent comme surnom, « Fiorentino », et Vasari rappelle l'estime du Rosso envers Dominique comme stucateur.


Fontainebleau, galerie François Ier
 À la mort du Rosso, en 1540, Dominique Florentin intègre sans doute l’équipe du Primatice. Il est mentionné comme peintre et imagier, et travaille à la décoration de bâtiments extérieurs du château.
Il est aussi connu en tant que remarquable graveur au burin. C’est sans doute là qu’il exécute la plupart de ses estampes. Selon Henri Zerner, « Il a su être l’interprète intelligent de Michel-Ange ou de Primatice. » Par ses estampes, avec Jacques Androuet du Cerceau et Marc Duval, il participe à la diffusion d’une esthétique créée sur le chantier royal, « l’École de Fontainebleau ». Il a répandu en particulier des modèles de grotesques de type italien et que l’on retrouve dans la décoration murale et l’art textile.

Au cours de l’année 1545, le Florentin séjourne à Rome, envoyé par François Ier et accompagné de Vignole. Le roi les chargea de réaliser des moulages en plâtre de plusieurs statues antiques destinées à être coulées en bronze pour Fontainebleau. À cette occasion, les deux artistes sont les hôtes de Raffaello da Montelupo, ancien collaborateur de Sansovino et de Michel-Ange. L’influence de cet architecte et la relation établie avec Vignole, excellent connaisseur de Vitruve et de l’architecture antique se retrouvera dans ses réalisations troyennes. Après ce voyage, il travaille de façon moins régulière à Fontainebleau. D'une part la mort de François Ier, en 1547, a ralenti considérablement les travaux du chantier, d’autre part, Fontainebleau ne sera plus le principal chantier royal. Dominique Florentin est encore quelquefois signalé à Fontainebleau, la mention la plus importante étant en 1561. Cette année-là, il y réalise neuf des vingt-quatre figures en bois pour le jardin de la reine.

Dominique Florentin travailla aux monuments funéraires d'Henri II, entre 1559 et 1565. Sur le dessin de Primatice, il réalisa le piédestal et le vase de cuivre pour le monument du cœur d’Henri II, au couvent des Célestins de Paris, en collaboration avec Germain Pilon qui sculpta le groupe des Trois Grâces. Il fit aussi le modèle en terre de la statue en cuivre du tombeau d’Henri II à Saint-Denis, cette dernière réalisée par Germain Pilon. Le roi, à genoux, prie sur la plateforme du monument funéraire.

Le piédestal du monument du cœur d'Henri II
conservé au Musée du Louvre
Le mécénat des Dinteville

  L’achèvement de la galerie François Ier à Fontainebleau et des principaux ensembles décoratifs du château allait laisser au Primatice et à Dominique Florentin un peu plus de temps pour répondre à des commandes privées.
  Au début des années 1540, Dominique Florentin réalisa pour l’église de Montiéramey un autel, aujourd’hui disparu. Cette l’abbaye était tenue par François II de Dinteville, évêque d’Auxerre. Il réalise pour le même mécène des gravures du martyr de saint Étienne ; au bas de la dalmatique que porte le protomartyr figurent les armoiries des Dinteville.

  Dès 1543, il est présent au château de Polisy, aux côtés du Primatice. Ce château fut érigé par Jean de Dinteville, ambassadeur pour François Ier en Angleterre. Devenu paralytique et impotent, celui-ci avait décidé de quitter la Cour et de se retirer dans ses terres. C’est dans ce château qu’il exposa le très célèbre tableau que Hans Holbein fit de lui, ''Les Ambassadeurs''. Dominique Florentin travailla au château à différentes dates entre 1544 et 1552.
  En 1552, 1553 et 1555, il acheta des terres à Montiéramey dont le payement s’était fait par l’intermédiaire de l’abbé, abbaye dirigée successivement par François II de Dinteville (1538-1554) et son cousin Joachim (1554-1566). Ainsi, Dominique Florentin s’établit en propriétaire terrien hors de la ville de Troyes mais sous la protection de ses mécènes.

Le mécénat des Guise

  Alors que Fontainebleau était dans sa plus grande période d’activité, Claude de Lorraine, duc de Guise, faisait édifier le château du Grand Jardin de Joinville, véritable petit palais de la Renaissance. Les travaux furent réalisés en deux campagnes entre 1533 et 1550. Le 12 avril 1550, mourrait le duc. Un véritable service funèbre royal lui fut rendu, à l’imitation de celui de François Ier à Saint-Cloud, en 1547. Le tombeau allait prendre cette dimension royale, s’inspirant des sépultures des souverains français. Sa réalisation en fut confiée au Primatice qui en fit les dessins. Ces principaux collaborateurs, Dominique Florentin et Jean Picard, assurèrent la réalisation des sculptures. Le monument funéraire fut achevé avant la fin de l’année 1552.

  Le 29 mars cette même année, le roi Henri II, alors à Joinville avec sa Cour, accordait à « Dominicque Rycouvry » ses lettres de naturalisation, en même temps que le neveu et la nièce du Primatice. L’année suivante, il répondait à la plus importante commande des Guise, la « grotte » de Meudon. C’était un vaste édifice abritant plusieurs fontaines, orné de sculptures, stucs et plafonds peints, ouvert de nombreuses arcades sur les jardins que dominait le château de Meudon. Lieux où l’on pouvait trouver la fraîcheur l’été, c’était aussi le musée privé du cardinal de Lorraine où il exposait ses collections antiques rapportées d’Italie, dont des bustes d’empereurs romains. D’après Vasari, c’est Domenico del Barbiere (Dominique Florentin) et Poncio Jacquio qui exécutèrent les sculptures, l’essentielle de celles-ci réalisées sans doute entre 1556 et 1557.

Dominique Florentin, maître d’œuvre et architecte à Troyes

  C’est à Troyes que l'artiste s’affirme en tant qu’artiste indépendant, se libérant de la tutelle de Primatice. Les premiers travaux qu’on puisse lui attribuer dans la ville sont éphémères. Il dirige en 1548 les ouvrages réalisés pour l’entrée d’Henri II à Troyes. Dans le contrat, qu’il signe « Domenico Fiorentino », il est qualifié d’ ymagier et painctre. Il conçut pour l’occasion et dirigea la réalisation de tous les décors qui ornaient les rues dans lesquelles le roi devait passer. Pour la première fois pour une entrée royale à Troyes furent érigés des arcs de triomphe, ornés de festons et de sculptures.
  C’est à nouveau à Dominique Florentin que fait appel la municipalité pour réaliser les décors de l’entrée de Charles IX. Il y travaille de novembre 1563 à mars 1564.


Le jubé de Saint-Etienne de Troyes
Gravure de Patte publiée dans les Ephémérides troyennes pour l'an de grace M.DCC.LXI.
éditées par P.J.Groley
 Voir la reconstitution 3D du jubé réalisée par Okénite Animation dans le cadre de l'exposition "Le Beau XVIe siècle. Chefs d'œuvres de la sculpture en Champagne du 18 avril au 25 octobre 2009" : http://www.sculpture-en-champagne.fr/video.php

 Le jubé de la collégiale Saint-Étienne est la première grande réalisation qui lui est personnellement connue et les sculptures qui en subsistent sont les seules qui, dans la région troyenne, puissent lui être attribuées sans contestation possible.
Les arcs de triomphes qu’il avait érigés pour l’entrée de 1548 avaient-ils servi de modèles grandeur réelle pour de nouvelles commandes ? De fait un an après l’Entrée Royale, le 29 octobre 1549, les chanoines de Saint-Étienne lui commandèrent un projet pour le jubé de leur église. Le travail dut être achevé en août 1550. Le Jubé, aujourd'hui disparu se présentait comme un véritable arc de triomphe à trois arches. Il était décoré des statues de la Foi et de la Charité sur les côtés de l’entablement (aujourd'hui déposées dans le chœur de l'église Saint-Pantaléon), et sur le fronton le Christ en croix, en bois avec de part et d'autre la Vierge et de saint Jean en pierre (toutes deux conservées au musée du Vauluisant de Troyes). Sur la corniche, quatre bas-reliefs représentaient des scènes la vie de saint Etienne (conservés dans l'église de Bar-sur-Seine).  

La Charité de Dominique Florentin
pour le jubé de Saint-Etienne de Troyes
Conservée à l'église Saint-Pantaléon de Troyes
La Foy de Dominique Florentin
pour le jubé de Saint-Etienne de Troyes
Conservée à l'église Saint-Pantaléon de Troyes


   On lui attribue d'autres commandes similaires, s’inspirant elles aussi de la structure des arcs triomphaux. Tout d’abord le portail occidental de l’église de Saint-André-les-Vergers (en 1549), le portail nord de Saint-Nizier de Troyes (daté du règne de Henri II : 1547-1559), auquel a collaboré son gendre Gabriel Favereau, et enfin le portail méridional de Saint-Nicolas (1551-1554). Pour ce dernier, le maçon Jehan Faulchot en est l’exécutant. Le sculpteur François Gentil en réalisa les statues. Cependant aucune source ne peut confirmer ces attributions à Dominique Florentin.

Dès 1548, Dominique Florentin apparaissait aussi comme maître maçon et à ce titre il travailla sur les chantiers troyens. Au début des années 1550, il est à Saint-Étienne à divers travaux de maçonnerie. Il rétablit des tombes, répare du pavé et des marches dans l’église. On le voit encore œuvrer pour la ville.

Pour aller plus loin :

- Babeau, Albert, Dominique Florentin, sculpteur du seizième siècle, Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des département, Paris, Plon, 1877

- Boudon-Machuel, Marion, « Dominique Florentin : l’œuvre sculptée en Champagne », Catalogue de l’exposition Le Beau XVIe siècle. Chef-d’œuvre de la sculpture en Champagne, Hazan-Conseil Général de l’Aube, 2009, p.200-211

- Boudon-Machuel, Marion, Des âmes drapées de pierre. Sculptures en Champagne à la Renaissance, Collection "Renaissance", Presses Universitaires de Rennes et Presses Universitaires François-Rabelais, 2017.

- Bresc-Bautier, Geneviève, « Les sculpteurs de Primatice », Primatice. Maître de Fontainebleau, Josette Grandazzi (éd.), Paris, Réunion des Musées Nationaux 2004, p.31-32.

- Galletti, Sara, La chiesa di Saint-Nicolas di Troyes (Aube, France) : dal cantiere tardogotico al portale rinascimentale di Domenico del Barbiere, mémoire de Laurea soutenu à l’Istituto Universitario di Architettura de Venise en juillet 1999.

- Galletti, Sara, « L’architecture de Domenico del Barbiere : Troyes, 1548-1552 », Revue de l’Art, n° 136, 2002, p.37-54.

- Hany, Nicole, « Dominique Florentin et la Renaissance Italienne à Troyes. La peinture sur verre entre 1530 et 1580 », La Vie en Champagne, décembre 1977, p.5-12

- Nany, Nicole, « Dominique Florentin : nouveaux documents d’archives troyens. Ses travaux pour le mausolée de Claude de Lorraine à Joinville », dans La Haute-Marne et l’Art. Peintres, sculpteurs haut-marnais du XVIe siècle à nos jours. Recueil des communications présentées aux Journées haut-marnaises de l’art et d’histoire (Chaumont, 27-28 mars 1982), p.19-32.

- Prévost, Arthur, « Note sur Dominique Florentin sculpteur », Annuaire administratif, statistique et commercial du département de l’Aube pour 1931, Troyes, Bouquot, 1931, p.37-38.

- Provence, Jacky, « Dominique Florentin, un état de la question », La Vie en Champagne, juillet-septembre 2005, n°43, p.55-65

- Turquois, Michel, « Repères chronologiques sur la vie de Dominique Ricouvri, dit Le Florentin (né vers 1505 - mort en 1570 ou 1571) », Le Beau XVIe siècle Troyen, Centre troyen de recherches et d’Histoire Pierre et Nicolas Pithou (Centre Pithou), Troyes, 1989

- Vasari, Vie des peintres, sculpteurs et architectes, trad. Leclanché, Paris, 1839, tome V, p .83.

- Wardropper, Ian, The Sculpture and Prints of Domenico del Barbiere, Thèse de doctorat, New York University, Institute of Fine Arts, 1985

- Wardropper, Ian, « New attributions for Domenico del Barbiere’s jubé at Saint-Etienne, Troyes », Gazette des Beaux Arts, octobre 1991, p.111-128.

- Wardropper, Ian, « Le mécénat des Guises. Art, religion et politique au milieu du XVIe siècle », Revue de l’Art, n° 94, 1991, p.27-44.

- Zerner, Henri, L’Art de la Renaissance en France. L’invention du classicisme, Paris, Flammarion, 1996.