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jeudi 4 septembre 2025

Jacques et Jean Colet, et Pierre Pyon, notables troyens et mécènes à Rumilly-lès-Vaudes au XVIe siècle

 

Église Saint-Martin de Rumilly-lès-Vaudes

Ce vendredi 29 août 2025 était inaugurée la rénovation de l’église Saint-Martin de Rumilly-lès-Vaudes. À cette occasion, est mis en ligne sur le site l’article « Jacques et Jean Colet, notables troyens et mécènes à Rumilly-lès-Vaudes au XVIe siècle », publié en 2016 dans un numéro spécial de La Vie en Champagne, « Rumilly-lès-Vaudes. Son manoir, son église et ses mécènes. »

Cet ouvrage rassemblait un ensemble de conférences qui avaient été organisées à Rumilly-lès-Vaudes par le Centre troyen de recherche et d’études Pierre et Nicolas Pithou. Elles s’inscrivaient alors dans le prolongement de l’exposition Le Beau XVIe siècle – Chefs d’œuvre de la sculpture en Champagne  qui s’était tenue à Troyes, en 2009, en l’église Saint-Jean-au-Marché. Geneviève Bresc-Bautier et Marion Boudon-Machuel y avaient traité de la statuaire de l’église Saint-Martin et de sa symbolique, tandis que Jacky Provence avait abordé en 2011 la question du mécénat à travers l’action des notables troyens Jacques et Jean Colet, et Pierre Pion

À ces interventions avaient été ajoutées des articles de Danielle Minois, spécialiste du vitrail troyen, pour traiter des verrières de l’église, et de Florian Meunier pour en présenter l’architecture, complétant et approfondissant ainsi l’étude et la visite d’église. Enfin une présentation du « Manoir des Tourelles » par Jean Daunay a été en tête de la publication.

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Des noms ont laissé une trace indélébile dans la mémoire, l’histoire et le patrimoine de Rumilly-lès-Vaudes, village témoignant d’une richesse particulière et révélant ce que put être le mécénat en Champagne méridionale à l’époque du Beau XVIe siècle. 

Jacques et Jean Colet, et Pierre Pion sont indissociables des monuments les plus emblématiques du village : le château dit « Manoir des Tourelles » et l’église Saint-Martin, deux monuments des plus exceptionnels d’une période faste pour l’art et l’architecture de la Champagne méridionale, la première moitié du XVIe siècle. 

Ils en ont été les bâtisseurs mécènes.

Et pourtant ils furent avant tout des notables troyens, vivant et exerçant dans la capitale champenoise, et faisant de l’église ou du manoir la vitrine de leur élévation et réussite sociale urbaine, et pour le cas de l’église, l’expression d'une foi et de dévotions des plus fermes. 

Ces personnages sont révélateurs d’un milieu dynamique et dévot, habitant à Troyes le quartier de la cité, autour de la cathédrale, pour Jean Colet et Pierre Pyon, tandis que Jacques Colet habitait la "Maisin du Gros Raisin", maison qui donna son nom au quartier où elle se trouvait. Ils y ont tissé des relations et des réseaux d’amitiés, dévotionnels ou professionnels. Ils ont partagé le même goût pour l’architecture, la sculpture et le vitrail, et une certaine émulation les a incités à bâtir et offrir de riches ornements. 

L’histoire de ces personnages et des œuvres qu’ils ont laissé à Rumilly-lès-Vaudes ne peut être dissociée de celle de Troyes, cité dans laquelle ils furent de notables et actifs personnages, tant dans la vie de la ville que dans celle de monuments comme la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul et l'église de Saint-Nicolas.

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Petit rectificatif p. 41, si sur le plan l’officialité a été placée dans la cour de l’évêché (en 2), il s’avère qu’elle se trouvait à cette époque au pied de la Tour du chapitre en 3, ainsi que la prison de l’officialité.

samedi 19 mai 2018

L'ascension de la noble bourgeoisie de Champagne méridionale



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Extrait revu et corrigé de la conférence « Le Beau XVIe siècle à Troyes et en Champagne méridionale. La renaissance d’un pays » donnée le 9 novembre 2010 à la DRAC de Châlons-en-Champagne.
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 Les nécessités de défense : naissance de la commune

 L’effacement du pouvoir comtal et son éloignement par le rattachement à la couronne du comté de Champagne à la suite du décès de la dernière héritière Jeanne de Navarre en 1305, avait profité largement à une bourgeoisie qui, malgré une charte de commune octroyée par les comtes, n’avait pas vraiment pu jouer jusqu'alors un rôle moteur dans la ville.

 Dès les années 1350, et pour les nécessités de la défense de la ville, la construction de ses murailles, son entretien et sa garde, se mettait en place une organisation municipale. Il faut attendre 1482 pour que la constitution du corps de ville, ou échevinage, soit définitivement confirmée par Louis XI en 1482.

 L’éloignement du pouvoir politique, la faiblesse de celui de l’évêque, qui n'avait pu s'imposer dans la ville contrairement à ceux de Reims ou de Châlons, et les nécessités de défense avaient  donné à cette bourgeoisie l’occasion de prendre en main le destin de la cité. Les familles bourgeoises avaient même donné des évêques à la ville, ainsi Jean Lesguisé (évêque de 1426 à 1450) ou Odard Hennequin (évêque de 1528 à 1544).

Troyes, cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, baie 216
Verrière des docteurs de l'Eglise offerte par Odard Hennequin
Cl. J. Provence
 Cette bourgeoisie avait investi les institutions religieuses de la ville. Elle se révéla être un important mécène à la reconstruction et à l'ornementation des églises.

La noble bourgeoisie

  Si quelques familles bourgeoises avaient été anoblies au cours des XIVe et XVe siècles (Hennequin, Le Boucherat, Lesguisé), les chefs de famille d'autres se qualifiaient "écuyer" - comme les Molé - sans que l'on en sache davantage sur leur éventuel anoblissement. S'agissait-il de titres usurpés ? 

  Beaucoup de ces familles bourgeoises avaient cependant profité de la disparition ou de la ruine des anciens lignages pour acheter des terres en Champagne méridionale, pouvant être acquise par mariage. Cette acquisition de terre et surtout le mariage avec une noble permettait à cette bourgeoisie de revendiquer des titres de noblesse. La coutume de Troyes reconnaissait aux dames nobles de conférer cette qualité à leurs enfants, donnant ce privilège au ventre d’anoblir : la "noblesse utérine" de Champagne.

  Ainsi, François de Marisy portait le titre d’écuyer et était seigneur de Cervet et de Vallentigny. Comme le lui permettait la coutume de Troyes, il avait le privilège d’être à la fois noble et vivre « marchandement », faire commerce et manipulation d’argent. Claude de Marisy, sur la tourelle d’angle de l’hôtel qu’il avait fait bâtir, avait apposé les armoiries de sa noble aïeule, Marguerite de Vallentigny, et de sa mère, Isabeau de Louvemont, comme autant de preuves de sa noblesse utérine.

Armes de Claude de Marisy
Cl. J. Provence
Armes de Marguerite de Vallentigny ;
à droite, dans l'angle, armes mi-patie Marisy-Molé
Cl. J. Provence

Armes d'Isabeau de Louvemont
Cl. J. Provence
 Parallèlement, cette bourgeoisie renforçait son intégration à la noblesse par l'achat de charges royales, ainsi la famille Mauroy [1].

  La famille des Molé est un bel exemple d'ascension de ces familles "nobles bourgeoises" [2]. Le chef de la dynastie, Guillaume Ier, se qualifiait d'écuyer mais était également marchand ; conseiller de ville entre 1431 et 1445 et avait épousé la sœur de l'évêque Jean Léguisé, une des familles anoblie et des plus influentes de la ville. Leurs enfants renforcèrent les liens avec les familles troyennes : Guillaume II épousant Simone Le Boucherat, autre famille anoblie, Jean Ier épousant Jeanne de Mesgrigny et intégrant la noblesse de sang locale, Jacquette se mariant avec François Hennequin, encore issu d'une famille anoblie. 
 La génération suivante allait poursuivre l'ascension sociale : Nicolas, fils de Jean Molé (1490-1545) deviendra conseiller au Parlement de Paris, intégrant la noblesse de robe. 
 Le mécénat de la famille s'exprima tout particulièrement dans la réalisation du "Beau Portail" de l'abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains, offert par Guillaume II et Simone Le Boucherat, ou de dons à l'église de Saint-Pantaléon au-lendemain de l'incendie de 1524 (cloche, vitraux, clefs de voûtes...) et qui faisait face à une demeure où résidait des membres de la famille, l'hôtel Vauluisant.

 Troyes, un immense chantier de reconstruction

 Au cours des XIVe et XVe siècles, de nombreuses maisons étaient tombées en ruines, faute d’entretien sinon d’abandon lié à la forte baisse démographique.
 Avec le retour de la paix, à partir la fin des années 1470, débuta une reconstruction de la ville. Le grand incendie de 1524, qui détruisit le quart sud-ouest de la ville, donna une plus grande ampleur à cette reconstruction, s’accélérant grâce au retour d’une certaine prospérité. 

 Ce fut l’occasion pour les grandes familles de l’oligarchie municipale d’édifier de nouveaux hôtels particuliers se distinguant des bâtisses en pan de bois par les matériaux utilisés. Quelques-uns de ces hôtels, ceux des familles les plus notables, furent totalement bâtis en pierre, ainsi l’hôtel des Ursins qui fut le premier réédifié, en 1526.

Hôtel Juvenal des Ursins
  En 1536, s’achevait l’Hôtel des Chapelaines, édifié par Nicolas le Tartier ; entre 1528 et 1531, Claude de Marisy, maire de Troyes en 1522 puis en 1528, édifiait son l’hôtel ; vers 1550, Antoine Hennequin, receveur des tailles à Troyes et ancien maire de Troyes terminait la construction de l’Hôtel de Vauluisant, commencé après l'incendie de 1524.
 C’était l’occasion pour leurs propriétaires d’adopter le nouveau langage décoratif de la Renaissance.

Hôtel des Chapelaines
Cl. J. Provence

  D’autres bâtisseurs choisirent le « damier champenois »,  alternance de moellons de craie et de brique, pour bâtir les murs de leur maison, ainsi l’hôtel de Heurles (ou Deheurles) bâti en 1545 par Jean Deheurles, l’Hôtel du Moïse, élevé sans doute par un membre de la famille Nevelet en 1553 ou encore l’hôtel d’Autruy, élevé par Jean Boucherat en 1560. 

Troyes, hôtel d'Autruy

 D’autres avaient adopté des structures mixtes où se côtoyaient pierre, damier champenois et pans de bois. Cette association des techniques et des matériaux peut encore se distinguer dans de nombreuses maisons de cette époque, l’exemple le plus remarquable étant l’hôtel de Jean de Mauroy, édifié dans les années 1560.



Troyes, hôtel Mauroy, rue Larivey

cl. J. Provence
Troyes, cour intérieure de l'hôtel Mauroy
Cl. J. Provence

  La chronologie de la construction de ces hôtels témoigne que cette reconstruction de la ville prit du temps. À la fin du XVIe siècle, quelques maisons incendiées en 1524 n’avaient toujours pas été reconstruites. Par ailleurs, si l’ensemble de ces constructions donne aujourd’hui une impression de cohérence, majoritairement faites de pans de bois, il n’en demeure pas moins qu’il n’y avait pas d’uniformité et qu’une certaine variété existait.

Dans la campagne troyenne

  Les relations entre la ville et sa campagne, où s’étaient implantés nombre de ces bourgeois par l’acquisition de terres peut se lire grâce au mécénat dans les églises voire l’édification de demeures ostentatoires, ainsi à Rumilly-les-Vaudes qui en est un exemple exceptionnel[3].

  Outre l’église, élevée par les bons soins de Jean Collet, natif et curé du village et surtout official de l’évêché et résident à Troyes, le manoir des Tourelles est une démonstration exceptionnelle de cette volonté de marquer dans ses domaines campagnards son ascension sociale. Le manoir fut édifié par le marchand et notable bourgeois Pierre Pyon[4], demeurant à Troyes.

Rumilly-lès-Vaudes, le Manoir des Tourelles
Cl. J. Provence
Rumilly-lès-Vaudes, le Manoir des Tourelles
Cl. J. Provence
 Plus difficile à saisir, l’ascension sociale au sein des sociétés rurales était bien réelle. Un cas particulier peut laisser deviner ce fait : celui de Guillaume La Fille de Montreuil-sur-Barse, mentionné procureur des habitants du village entre 1523 et 1534 dans des négociations avec l’abbé de Montiéramey visant à transformer les terres mainmortables du village en des terres censitaires, se libérant ainsi des charges qui conférait à ces terres des conditions serviles pour les rendre libres. Guillaume La Fille était l'un des plus gros laboureurs du village. Entre 1535 et 1565, il faisait bâtir un véritable hôtel particulier au centre village, en damier champenois, à l’imitation du marchand troyen Jehan de Heurles qui avait quelques terres à Montreuil. Cette maison est le symbole de l'ascension sociale d'une famille paysanne qui intégrera dans les générations suivantes la petite noblesse locale.

Montreuil-sur-Barse, maison bâtie par Guillaume La Fille
Cl. J. Provence


[1] Élodie Zaccaria, « Nicole Mauroy, fondateur d’une dynastie », La Vie en Champagne, N° 93, janvier-mars 2018.
[2] Aurélie Gauthier, « Les Molé ou l’ascension sociale d’une famille troyenne au lendemain de la guerre de Cent Ans », La Vie en Champagne, N° 84, octobre-décembre 2015.
[3] Rumilly-lès-Vaudes. Son manoir, son église et ses mécènes, sous la direction de Marion Boudon-Machuel et Jacky Provence, Troyes, La vie en Champagne, 2016.
[4] Ce Pierre Pyon n’était pas boucher comme il a été souvent été dit et répété ; il existait à Troyes un autre Pierre Pion qui effectivement était boucher et que l’on a confondu avec le marchand, qui appartenait au réseau des familles les plus influentes de Troyes. Il fut chevalier du Saint-Sépulcre et conseiller de la Ville de Troyes. Avec son épouse, Jeanne Festuot, fille d’un marchand drapier, il donna plusieurs vitraux à la cathédrale de Troyes.


mercredi 27 juillet 2016

Rumilly-lès-Vaudes. Son manoir, son église et ses mécènes



Ouvrage collectif

Sous la codirection de Marion Boudon-Machuel et Jacky Provence
ISBN 978-2-9546058-1-4

Cet ouvrage consacré à Rumilly-lès-Vaudes fait suite aux conférences qui y avaient été organisées par le Centre troyen de recherche et d’études Pierre et Nicolas Pithou. Elles s’inscrivaient alors dans le prolongement de l’exposition Le Beau XVIe siècle – Chefs d’œuvre de la sculpture en Champagne qui s’était tenue à Troyes, en 2009, en l’église Saint-Jean-au-Marché. Geneviève Bresc-Bautier et Marion Boudon-Machuel y avaient traité de la statuaire de l’église Saint-Martin et de sa symbolique, tandis que Jacky Provence avait abordé la question du mécénat au travers de l’action des notables troyens Jacques et Jean Colet.

Une publication portant sur Rumilly-lès-Vaudes ne saurait se limiter à ces sujets si elle prétend mettre en évidence les richesses patrimoniales qui y subsistent. Il a donc été décidé d’en élargir la thématique pour englober tous les aspects susceptibles d’attirer l’attention du visiteur découvrant les richesses de ce village champenois. C’est pourquoi il a été fait appel à Danielle Minois, la spécialiste du vitrail troyen, pour traiter des verrières de l’église, et à Florian Meunier pour en présenter l’architecture, complétant et approfondissant ainsi l’étude et la visite du monument. 

Enfin, il est apparu évident que le Manoir des Tourelles, emblématique du village, et qui fait sa célébrité, ne pouvait être absent de cette monographie. Cela d’autant plus que, par la concomitance de leur construction, par les relations existantes ou supposées entre leurs promoteurs et par les rapprochements stylistiques qu’ils permettent, les deux monuments sont difficilement dissociables. C’est bien sûr à Jean Daunay, infatigable historien et révélateur des richesses de Rumilly-lès-Vaudes, qu’a été confié le soin de présenter ce joyau de l’architecture du terroir de la Champagne méridionale. 

Ce livre est le fruit d’une nouvelle et riche collaboration entre la revue La Vie en Champagne, et le Centre Pithou. Que soient remerciés ici tous les auteurs, pour leur disponibilité et la qualité de leur travail, et tous les partenaires qui ont permis la réalisation de cet ouvrage, notamment la DRAC Champagne-Ardenne et le Conseil départemental de l’Aube.

Table :

- Jean Daunay (Société Académique de l’Aube), Le manoir des Tourelles à Rumilly-lès-Vaudes


- Florian Meunier (Docteur en histoire de l’art, Conservateur en chef du patrimoine), L’architecture de l’église de Rumilly-lès-Vaudes

- Marion Boudon-Machuel (professeure en histoire de l’art moderne, Université de Tours / CESR) La sculpture de l’église Saint-Martin de Rumilly-lès-Vaudes : une statuaire au service du lieu

- Geneviève Bresc-Bautier (Conservateur en chef du patrimoine, directrice honoraire du département des sculptures du musée du Louvre), Les apôtres de Rumilly-lès-Vaudes : les piliers de l’Église 

- Danielle Minois (Docteur en histoire de l’art), Les vitraux de l’église Saint-Martin